Participation de la Shoura au premier « Autofasten » interculturel

La Shoura – Assemblée de la communauté musulmane du Grand-Duché de Luxembourg – est heureuse de participer à l’édition 2018 du « Autofasten ». Cette initiative œcuménique au Luxembourg et dans les régions de Trèves, de Coblence et d’Aix-la-Chapelle a pour but de motiver les chauffeurs de faire un geste écologique en renonçant le plus possible à l’utilisation de leur voiture et à découvrir d’autres alternatives. Pour plus d’informations et l’agenda des événements, visitez www.autofasten.lu.

Le principe de la « protection de la création de Dieu » se retrouve dans tous les religions monothéistes, raison pour laquelle les églises chrétiennes ont fait de l’Autofasten 2018 un événement interreligieux. Au Luxembourg, la communauté israélite et la communauté musulmane vont participer pour la première fois à cette initiative et à la conférence de lancement le 21 février 2018.  (Retrouvez le discours de Jean-Luc Karleskind, membre de la Shoura, tenu lors de cette conférence à la fin de cet article).

Nous appelons donc les membres de la communauté musulmane d’éviter le plus possible l’utilisation de leur voiture jusqu’au 31 mars et de découvrir les possibilités qu’offrent les transports publics, le covoiturage ou (en allant vers le printemps) le vélo et d’autres alternatives plus sportives.  Chaque acte de bienfaisance, même envers les animaux et la nature, sera noté auprès d’Allah et ne va certainement pas être ignoré lors du Jour du Jugement.

De même, la Shoura utilise cette occasion d’avertir de la conférence organisé par la LSRS sur la thématique « Sur Dieu, le Coran et l’environnement » par Madame Asmaa El Maaroufi aura lieu le Mardi, 27 février 2018 à 19.30 heures au Centre Convict (5, avenue Marie-Thérèse ; L-2132 Luxembourg). Plus d’infos ici : https://www.lsrs.lu/organisation-organisation/formation-des-adultes/journees-de-la-vie-et-de-la-foi-2018-religions-du-monde-et-le-defi-ecologique/sur-dieu-le-coran-et-l-environnement.html

 

Discours de Jean-Luc Karleskind lors de la conférence de lancement le 21 février :

« Je suis ravi de représenter les musulmans pour le lancement de cette belle initiative. Nous sommes connus pour jeûner pendant le mois de ramadan et aussi pour beaucoup d’autres choses souvent peu sympathiques mais, pas pour notre fibre écologique ou environnementale.

Alors, qu’aurai-je à dire en tant que musulman face au désastre environnemental auquel nous assistons et qui menace l’humanité. Que m’enseigne ma tradition religieuse ? A quoi celle-ci m’appelle-t-elle ?

Mon texte de référence, le Coran, répète de nombreuses fois « tout ce qui est dans les cieux et la terre appartient à Dieu ». Je suis donc appelé à refuser la notion cartésienne de « l’homme, maître et possesseur de la nature ». Certes, la nature prodigue des bienfaits et je suis invité à en jouir avec gratitude (Laudato si’) mais sans excès et sans gaspillage. Le Coran déclare « Dieu n’aime pas ceux qui commettent des excès » (S. 7, v.31). et «  ne gaspille pas indûment car les gaspilleurs sont les frères des diables » (S. 17,  v-26-27). Ensuite, Dieu est le créateur des univers. Donc, toute la nature, y inclus l’homme, émane de Dieu et est sacrée. Or, l’islam n’a ni sacrements, ni clergé consacré, ni temples. « Dieu a fait de toute la terre une mosquée pour les miens » dit le Prophète de l’islam.

Par ces deux exemples, on voit, d’une part, que la tradition musulmane appelle l’homme à une sorte de « sobriété heureuse », comme dirait Pierre Rabhi, qui est, pour rappel, né dans la tradition musulmane. D’autre part, le Coran invite son lecteur à une contemplation admirative de la création, le deuxième livre saint des musulmans, le grand livre de la nature. Cela entraine que ce qui atteint le grand-œuvre divin, pollutions, destructions, exploitations à outrance du vivant, sont autant de sacrilèges au regard du musulman.

L’ampleur du défi environnemental auquel l’humanité est confrontée, nécessite autre chose que de petits ajustements ici ou là. Il me semble nécessaire de remettre en cause le paradigme de la modernité. Il convient d’interroger les principes de la révolution libérale issue des Lumières et de la Renaissance avec l’esprit critique que celles-ci nous ont enseigné. Je ne crois pas que nous résoudrons les problèmes créés par notre mode de production et de consommation en comptant sur le marché ou sur le progrès technique car ces derniers sont à l’origine de ces problèmes.

Et, à l’appui de ce que je dis et qui peut faire froncer les sourcils de certains, je voudrais citer un juif hongrois mort en 1964 et qui, en 1944, alors que le monde était encore engagé dans sa deuxième expérience de destruction massive en trois décennies, a publié La grande transformation. Il s’agit de Karl Polanyi. Il affirmait : « L’idée d’un marché s’ajustant lui-même est purement utopique. Une telle institution ne peut exister de façon suivie sans anéantir la substance humaine et naturelle de la société, sans détruire l’homme et sans transformer son milieu en désert. » Pourquoi ? Car les éléments essentiels de la production marchande de masse que sont le travail, la terre et la monnaie doivent être organisés en marchés pour que le système économique fonctionne. Or, le travail ne peut être séparé de l’être humain, la terre du milieu naturel et la monnaie, du mécanisme de la banque ou de la finance d’état. Les assimiler à des marchandises, c’est-à-dire des biens produits afin d’être vendus, relève de la fiction. Je vous renvoie à l’œuvre de Polanyi si vous voulez en savoir davantage.

Mais, ce qu’écrit Polanyi résonne pour le musulman que je suis. En effet, la haute dignité de l’homme devant qui Dieu ordonna aux anges du paradis de se prosterner ne peut être réduite à une vulgaire ressource humaine, ni la terre et ses fruits à des ressources naturelles. Quant à la monnaie, dans le Coran, Dieu et Son prophète déclarent la guerre à qui prétendrait que l’usure serait comme le commerce quand Dieu a déclaré le commerce licite et l’usure illicite.

Le pape François avec Laudato Si a montré qu’il existe un potentiel de mobilisation pour agir dans le domaine environnemental mais aussi politique et social au nom des valeurs professées par la tradition chrétienne. Il n’en est pas autrement pour l’islam.»

Concours de Projets 2018

La Shoura lançait le 21 juillet 2017 un concours de projets pour soutenir des associations, des groupes ou des individus pour réaliser leurs idées qui profiteront à la communauté musulmane au Luxembourg et créeront une plus-value pour celle-ci.

Fin 2017, la Shoura a pris la décision d’ouvrir la soumission de vos projets au concours de projets à toute l’année, c-à-d, vous pouvez l’envoyer à n’importe quel moment de l’année. D’ailleurs pour des raisons administratives et budgétaires, une ou plusieurs dates de sélection seront fixées chaque année.

Pour participer, veuillez envoyer les documents suivants à contact@shoura.lu:

– Un descriptif de votre projet ;

– Un résumé du plan de développement ;

– Une genèse du projet et de son contexte ;

– L’objectif poursuivi ;

– Un dossier financier détaillé ;

– Le délai de réalisation ;

– Une étude de faisabilité ;

– Vos attentes de la Shoura pour vous aider.

La Shoura analysera et évaluera par la suite votre dossier pour faire son choix. Elle retiendra les projets en fonction des arguments apportés et de l’utilité pour la communauté musulmane au Luxembourg. La voie juridique est exclue.

Pour 2018, les dates de sélection sont le 1er Mai et le 1er Octobre. Les projets retenus seront communiqués au cours des trois semaines suivants la date de sélection.

Nous attendons vos projets avec impatience et vous souhaitons bonne réussite.

Qu’Allah vous facilite!