Communiqué sur le Hajj 2020

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Comme attendu, l’ambassade de l’Arabie Saudite de Luxembourg à Bruxelles nous a informé de la décision du ministère du Hajj et de la Omra de suspendre le Hajj (1441 H / 2020) pour les pèlerins venant de l’étranger. Cette décision est motivée par la situation sanitaire fragile liée au risque persistant résultant de la propagation fulgurante du coronavirus (COVID-19) dans plus de 180 pays à travers le monde et le manque de vaccins disponibles pour les personnes infectées.

À la lumière de l’augmentation du nombre de cas dans la plupart des pays selon l’OMS et compte tenu des risques de propagation du virus lors des grands rassemblements où il est difficile de maintenir une distance physique sûre entre les individus réunis, le Royaume d’Arabie saoudite a décidé que le Hajj pour cette année (1441 H / 2020) se tiendra, avec la participation d’un nombre très limité de pèlerins de diverses nationalités résidant déjà en Arabie saoudite.

La Shoura respecte cette décision responsable qui a été prise par les autorités saoudiennes pour assurer la sécurité de nos pèlerins et préserver la santé publique mondiale contre tout risque sanitaire majeur surtout dans les espaces surpeuplés lors de la période du Hajj.

Nous appelons les musulmans à accepter cette décision dans la sérénité et nous demandons à Dieu de lever cette pandémie pour permettre à tous les musulmans attachés à cette terre sainte d’accomplir ce pilier de l’islam dans des conditions sereines et dignes.

Nous rappelons que le Hajj a été jadis interrompu par exemple en Andalousie sur la base de maints avis juridiques, émanant de plusieurs théologiens comme l’avis (fatwâ) d’Ibn Rochd pour sauvegarder la paix et la sécurité des gens dans des guerres qui avaient été déclenchées en Orient. Cette fatwa a été largement appliquée durant près de quatre-vingt ans. Étant donné que plusieurs personnes malades et âgées, poussées par l’émotion avaient péri au cours du trajet, le théologien de l’époque, l’imâm Tartouchi fut contraint d’édicter un avis juridique recommandant l’interdiction d’entreprendre le voyage en vue d’accomplir le pèlerinage. Il disait : « Quiconque s’aventure et accomplit le pèlerinage, son obligation est considérée comme accompli, mais il sera considéré comme pécheur à cause de l’aléa qu’il a commis ».

Nous implorons Allah le Tout-Puissant de protéger tous les pays de cette pandémie et d’assurer à l’humanité protection et sécurité.

Faruk Licina, Président
Dr. Rabie Fares, Chef de Culte musulman

Anniversaire de Son Altesse Royale le Grand-Duc

Habituellement, en ce jour de fête nationale, le Président de la Shoura célèbrerait au cours de ce matin notre patrie ensemble avec les représentants politiques, diplomatiques et civiles lors de la cérémonie officielle à la Philharmonie ; et le Chef de Culte musulman avait l’occasion au cours de l’après-midi d’adresser une prière pour le bien-être du Grand-Duché ensemble avec les Chefs de Culte des autres religions conventionnées à la Cathédrale Notre-Dame. Lors de ce jour de festivités nationales, il y a eu toujours de nombreux échanges fraternels et fructueux avec les représentants des cultes et nos partenaires du dialogue.

Comme le Ramadan, l’Octave et le Pessah de cette année, la Fête nationale ne peut avoir lieu dans son cadre traditionnel.

En cette occasion, la Shoura souhaite à tous nos concitoyens une très bonne fête dans la sérénité, la prospérité et la santé.

Nous implorons Dieu de bénir notre Grand-Duché de Luxembourg et accorder à notre souverain, à la famille grand-ducale et à tous nos dirigeants la lumière de la sagesse, la voie de l’excellence et le souffle de la paix. Amine.

Reouverture des centres islamiques

(FR) Pour pouvoir mettre en place des mesures de prévention adéquates, les centres islamiques affiliés à la Shoura vont ouvrir dès le lundi 1er juin. La première prière du vendredi aura lieu le 5 juin 2020 incha Allah, selon les règles sanitaires en vigueur.

Un certain nombre de consignes sanitaires seront mis en place pour votre sécurité et celle de vos proches. Veuillez s.v.p. les respecter. Des détails suivront sous peu incha Allah.

 

(DE) Um alle nötigen sanitären Sicherheitsrichtlinen fachgerecht umsetzen zu können, werden die Moscheen, welche an die Shoura gegliedert sind, erst ab Montag 1. Juni für Besucher eröffnen. Das Freitagsgebet wird voraussichtlich ab dem 5. Juni, oder nach Umsetzung aller Richtlinien im jeweiligen Islamzentrum, wieder stattfinden.

Es gilt jedoch beim Besuch einer Moschee gewisse Maßnahmen zu Ihrem Schutz und dem Schutz Ihrer Angehörigen zu beachten. Weitere Informationen folgen in Kürze.

 

(BA) Kako bi se mogli uspostaviti adekvatne mjere prevencije, islamski centri članovi Šure otvorit će se za javnost od ponedjeljka 1. juna. Prva džuma klanjat će se 5.juna 2020, prema centrima spremnim dočekati javnost i prema važećim zdrastvenim pravilima.

Uspostavit će se brojna zdravstvena uputstva zbog vaše sigurnosti i sigurnosti vaših najmilijih. Molimo vas da ih poštujete. Detalji će uslijediti uskoro In sha Allah.

للتمكن من تطبيق الإجراءات الوقائية المناسبة لاستقبال المصلين، ستفتح المراكز الإسلامية التابعة للشورى أبوابها يوم الاثنين الموافق 1 يونيو / حزيران.
ستقام صلاة الجمعة الأولى في 5 يونيو 2020 إن شاء الله ، وفقا للقواعد الصحية المعمول بها. سيتم وضع عدد من التعليمات الصحية من أجل سلامتك وسلامة أحبائك المرجو احترامها. سيتم وضع التفاصيل قريبا إن شاء الله



La valeur de la Zakat El Fitr : éclairage juridique

par Sheikh Hfz. Rabie Fares, Chef de Culte musulman

1. Le statut de la Zakat El Fitr et ses conditions d’application :

– La Zakat El Fitr est une purification pour le jeûneur de toute imperfection dans sa pratique du jeûne et une nourriture pour le pauvre, comme nous l’a enseigné le Prophète – que la prière et la paix soient sur lui. Il s’agit d’une aumône que chaque Musulman(e) doit sortir à la fin de ce mois béni du Ramadan. Elle n’est également valide légalement qu’avant la prière de l’Aïd .
– La Zakat El Fitr est obligatoire selon certaines écoles juridiques quels que soient l’âge (pour le grand comme pour le petit et même pour celui qui vient de naître à l’aube du jour de l’Aïd…) et la situation financière de chacun (elle vaut pour le pauvre comme pour le riche).
– Le responsable légal de la famille (père, mère) s’en acquitte pour lui-même et pour toute personne vivant sous sa charge financière, sauf si les enfants travaillent : à ce moment-là, ils doivent alors s’acquitter de ce montant eux-mêmes.
– Il est impératif de s’acquitter de la Zakat El Fitr avant la prière de l’Aïd.

2. Bénéficiaires de la Zakat El Fitr :

– La Zakat El Fitr est destinée en priorité aux plus démunis du pays de résidence, comme les pauvres, les nécessiteux et les réfugiés. Le Musulman doit alors consentir un effort pour s’en acquitter, en privilégiant la satisfaction des besoins du pauvre, comme le préconisent les enseignements prophétiques : « Mettez-les (les pauvres) à l’abri de la demande ce jour-là (jour de l’Aïd) ». Il est fort probable que parmi vos voisins, il existe des pauvres dont vous ne soupçonnez pas l’existence.
– Sinon, renseignez-vous rapidement autour de vous ou auprès de votre mosquée, car vous pouvez la remettre directement aux responsables de votre mosquée.
– Si les besoins au niveau local sont satisfaits, ou que des proches en difficulté vivent dans un autre pays, il est alors autorisé d’envoyer cette Zakat à l’étranger. Afin de faciliter son acheminement et sa distribution avant la prière de l’Aïd, il est recommandé de prévoir la sortir suffisamment à l’avance.

3. Modes et montant de la Zakat El Fitr :

– La Zakat El Fitr peut se donner soit sous forme de denrées alimentaires (orge, blé, riz, etc.) en fonction de la nourriture de base de chaque pays (1er avis), soit sous forme pécuniaire, c’est-à-dire avec de l’argent, en fonction des prix des aliments de première nécessité et du niveau de vie de chaque pays, conformément à l’avis de l’Imam Abû Hanîfah (2ème avis).

3.1. Postulat théologique du 1er avis :

Les personnes qui souhaitent néanmoins s’en acquitter en denrées alimentaires doivent tenir compte des aspects suivants :
– Les mesures connues à l’époque prophétique matérialisées par sâ’ (الصاع) ou moud (المُدّ)… sont des unités de mesures approximatives qui ne peuvent être quantifiées avec précision, ni déterminées avec fiabilité car elles dépendent de la nature de la nourriture pesée, de sa typologie et de sa forme. Ainsi par principe de précaution, il est important d’arrondir ce poids estimé de base à 2225 grammes et de réévaluer son volume à 3 kilogrammes de la nourriture de base d’un pays donné : en effet, les aumônes ne font pas partie des actes cultuels à caractère normatif restrictif, comme la prière, pour laquelle il n’est pas autorisé d’augmenter le nombre d’unités de prières (raka’ates) par exemple.
– Si la Zakat El Fitr doit provenir légalement « de la nourriture de base du pays de résidence » comme le préconise la règle juridique, comment donc décliner ce principe et le concrétiser réellement dans notre contexte européen ? En d’autres termes, quelle est la nourriture de base en Europe ? Est-ce le riz, le raisin et les dattes ? Ou plutôt les fruits et les légumes, la viande blanche et rouge ? Y a-t-il une différence entre un pays européen et un autre ? Y-a-t-il des variations entre la nourriture de base de la personne elle-même et celle de ses concitoyens du même pays ?
Seule une étude sérieuse par exemple du marché luxembourgeois par les commerçants ou des économistes pourrait nous éclairer par rapport à cette question. C’est à la lumière de leur avis consultatif qu’un avis juridique pourrait être prononcé.

3.2. Postulat théologique du 2ème avis :

– Beaucoup de compagnons comme Omar Ibn Khatab et son fils Omar, Abdullah Ibn Massoud, Abdullah Ibn A’abass ont autorisé de la donner en argent.
– Dans le même sens, il a été rapporté que le compagnon Mouâdh (ra), a demandé aux gens du Yémen de s’acquitter de la Zakat de leurs récoltes en donnant des étoffes, sans qu’aucun compagnon ne s’oppose à son avis. Il leur a expliqué que cette façon de faire serait plus aisée pour eux, puisque leur activité principale était justement la confection des étoffes. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’à ce sujet, l’Imâm Boukhâri semble avoir un avis similaire à celui de l’Imâm Abou Hanifah, comme le relèvent l’Imâm Nawawi et Ibn Rûchd. Ces derniers se fondent sur le critère de solidarité, d’entraide sociale qui fonde Zakat El Fitr. Ce dernier avis n’est pas propre à l’École Hanafite, puisqu’il est partagé par beaucoup de disciples de l’Imam Malek comme Ibn Habib, Asbar, Ibn Wahb et c’est aussi l’un des deux avis de l’Imam Ahmed Ibn Hanbal.
– C’est pour cette même raison pratique que tous les pèlerins ne procèdent pas à l’immolation de leurs bêtes (Hady), comme le veut la tradition prophétique, mais qu’ils versent plutôt une somme d’argent à une société qui s’occupe de ce rite.
– Concernant le montant, comme pour les années précédentes et en accord avec les Imams du pays, au Grand-Duché de Luxembourg, la Zakat El Fitr est évaluée à 10 euros par personne.

4. Conclusion

Enfin, il faut rappeler que chacun a le droit d’opter pour l’avis juridique qui lui semble juste et argumenté, à condition de se référer aux instances religieuses compétentes ou tout simplement de suivre l’avis en vigueur dans sa mosquée et pris par les instances représentatives religieuses de son pays. Le plus important, c’est de préserver le sens d’unité et de fraternité.
Nous rappelons aux Musulmans qu’il est important de ne pas oublier l’actualisation de la Zakat obligatoire (Zakat El Ma’al) de leur épargne, en cas de dépassement du seuil légal de l’ épargne en général (Nissab النصاب) après l’écoulement d’une année.
La Zakat El Ma’al reste redevable a postériori si elle n’a pas été acquittée par négligence ou par ignorance dans le passé.
Nous implorons notre Seigneur, lors de ces dix derniers jours de rapprochement d’Allah – Soit-Il Exalté – de purifier nos cœurs, de protéger notre langue et de nous permettre d’observer la Nuit du Destin avec foi et dévotion.

Le Mois du Ramadan : « le printemps de la Foi »

Le Mois du Ramadan est doté d’une place particulière dans la conscience musulmane. A son arrivée, les rythmes de vie sont bousculés et les habitudes sont remaniées. Dès lors, la rupture temporelle ainsi que le rebond psychologique et moral générés par le Ramadan sont un excellent moyen d’introspection, d’auto-évaluation, de réforme morale et éthique. Le Prophète – que la paix et le salut soient sur lui – décrit la formidable ambiance qui règne dans le ciel à l’annonce de l’arrivée de ce « Printemps de la Foi » : « Lorsqu’arrive la première nuit du mois de Ramadan, Allah ordonne à son Paradis : « Prépare-toi et embellis-toi pour Mes serviteurs qui viendront bientôt dans Ma demeure et Ma générosité pour se reposer des peines du bas monde !» (Hadith rapporté par Al Bayhaki).

L’heure est à l’émulation et à l’exhortation mutuelles, à la concurrence loyale dans le bien, lorsque les fidèles redoublent d’efforts pour parfaire leur foi ! Le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – encourage les croyants à redoubler d’efforts pour profiter pleinement des cascades de la Clémence divine : « Le Ramadan est venu à vous ! C’est un mois de bénédiction. Allah vous enveloppe de paix et fait descendre la Miséricorde. Il décharge des fautes et Il exauce les demandes. Allah vous regarde rivaliser d’ardeur dans ce but et Il se vante de vous auprès de Ses anges. Montrez à Allah le meilleur de vous-mêmes, car est bien malheureux celui qui est privé de la Miséricorde d’Allah, Puissant et Majestueux ! » (Hadith rapporté par Al Bayhaki).

Dans les tourments et les préoccupations de la vie quotidienne, l’élan spirituel s’étouffe et la foi s’appauvrit. Donner du souffle à une spiritualité en train de se consumer devient plus que nécessaire, voire pressant. Renouveler « le pacte de la foi » se pose avec acuité. Pour apprivoiser ces angoisses existentielles, le moment du Ramadan vient nourrir la conscience religieuse musulmane, affectée par la négligence spirituelle et érodée par l’usure du temps. En effet, notre ego enchaîné par les passions inassouvies est dans un état de confinement permanent de ses besoins inachevés. S’en libérer est un véritable combat intérieur quotidien, qui consiste à lutter contre les suggestions négatives de l’ego et à s’affranchir de la domination des désirs. Ainsi par cet effort, cette lutte intérieure (Jihad Nafs) tout particulièrement intensifiée pendant le Mois de Ramadan, l’âme dépasse l’emprise du corps et profite pleinement d’une nourriture spirituelle appétissante, rythmée par des journées de jeûne, des nuits de dévotion (prières, invocations, lecture du Coran) et des actes solidaires de bienfaisance (charité, partage…). Ce voyage spirituel vers la profondeur de son être intérieur, permet de restituer à l’âme son bonheur intérieur et de se réconcilier avec la pureté originelle de son âme : se regarder dans le miroir de sa conscience ! Inspecter son intériorité ! Constater ses négligences ! Avoir le courage d’affronter ses défauts ! Prendre le temps pour réaménager sa vie !

La portée spirituelle du Ramadan convie notre conscience à jeûner au même titre que notre estomac : éviter d’écouter sa colère ! Maitriser sa langue en évitant toute médisance et tout mensonge ! Dire « Halte ! » à toute source de tentation ! Assurément, loin de se réduire à l’abstinence alimentaire, le jeûne du mois du Ramadan est une excellente école humaine et spirituelle, qui nous apprend la patience, la persévérance, la générosité, l’altruisme, la compassion, la solidarité, l’humilité. Le Prophète – que la paix et le salut soient sur lui – clarifie le sens profond du jeûne en disant : « Celui qui n’abandonne pas le mensonge ni d’agir en mentant, Allah n’a pas besoin qu’il délaisse sa nourriture et sa boisson » et il dit également : « Combien de jeûneurs ne récoltent de leur jeûne que la faim et la soif ! » (Hadith rapporté par Al Bayhaki). Il rappelle à maintes reprises cette dimension du « jeûne de l’esprit », en disant : « Quand l’un de vous jeûne, qu’il s’abstienne de dire des paroles obscènes et d’élever la voix. Si quelqu’un l’insulte ou le provoque au combat, qu’il se contente de répondre : “Je suis en état de jeûne.” » (Hadith reconnu authentique à l’unanimité).

Pour les croyants, le Ramadan est le printemps de la foi, de l’éveil de la conscience spirituelle et morale. Le Prophète – que la paix et le salut soient sur lui – évoque cette ambiance spirituelle propice à « l’introspection » en disant : « Lorsque vient le mois de Ramadan, on appelle : » Ô toi qui veux faire du bien, accours ! Ô toi qui veux faire du mal, cesse ! Cet appel est renouvelé chaque soir ». Au moment du jeûne, le croyant manifeste une volonté éclatante de supporter la soif alors que l’eau rafraîchissante est à sa portée et de résister à la faim alors que la nourriture délicieuse est devant lui. Ceci est la vraie traduction de l’endurance, de la persévérance et de la patience, le gain de la volonté sur la procrastination : « Le jeûne est la moitié de la Patience » disait le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui. Ce geste – fort et symbolique de dominer son ego et d’abandonner une partie de ses instincts les plus naturels à la recherche de l’agrément divin – reflète l’amour inextricable pour Dieu et traduit le gain de la volonté sur la procrastination. C’est pourquoi, le jeûne demeure un secret entre le croyant et son Seigneur : Allah, Soit-Il Exalté, a dit : « Tout ce que fait le fils d’Adam est pour lui-même sauf le jeûne, il est pour Moi et c’est Moi qui en donne la récompense. » (Hadith reconnu authentique à l’unanimité). Le Prophète – que la paix et le salut soient sur lui – a dit : « Celui qui jeûne le mois de Ramadan avec foi en comptant sur la récompense divine, ses péchés lui seront pardonnés. » (Rapporté par Al Boukhari et Mouslim).

De plus, tout en étant une excellente occasion de fortifier sa foi, le Ramadan est également un moment adéquat pour resserrer les liens familiaux surtout en ce moment de confinement. Se regrouper au moment de rompre le jeûne, grands et petits, autour de la même table est une image éloquente de la proximité́ et de l’intimité familiales. Ainsi, la famille solidaire vivant au même rythme (prières, repas…) retrouve son unité parfois perdue et embrasse l’esprit des valeurs familiales de partage, que beaucoup oublient ou négligent au cours de l’année.

Face à la privation temporelle ravivée par la sensation de la faim, le jeûne nous rappelle donc la misère des malheureux et la précarité́ des plus démunis dans le monde, tout en amenant à réfléchir sur les bienfaits que Dieu nous prodigue. En effet, des millions de personnes, hommes, femmes, enfants, vieillards, malades dans le monde entendent au quotidien les cris de leur estomac creux, en ressentent les tiraillements sans trouver un morceau de pain qui calmerait leur faim, ni une goutte d’eau qui pourrait assouvir leur soif… Sans oublier, la situation désastreuse dans plusieurs pays où de nombreuses personnes sont contraintes de quitter leurs demeures et vivent souvent au rythme de la peur et de la souffrance ! On rapporte que le Prophète Joseph – que la prière et le saut soient sur lui- jeûnait fréquemment alors même qu’il contrôlait les réserves du pays et était le ministre du budget de l’État de l’époque. On l’a interrogé à ce propos et il a répondu en disant : « Je crains, si je suis rassasié, d’oublier la faim des pauvres ». Le Prophète Muhammad – que la paix et le salut soient sur lui – qui est le modèle de la générosité disait : « La meilleure charité est celle accomplie pendant le mois de Ramadan. » (Rapporté par At-Tirmidhî). Par ailleurs, les esseulés ne sont pas oubliés en cette période de confinement : plusieurs mosquées se mobilisent pour organiser et distribuer des colis alimentaires aux personnes isolées, pauvres ou à des détenus qui sont alors servis et ressourcés spirituellement en cette période si particulière synonyme aussi de partage, de don, de générosité. Lorsqu’il arrivait le Mois de Ramadan, le Prophète – que la paix et le salut soient sur lui – devenait tellement généreux, qu’Ibn ‘Abbâs a dit à son égard : « Le Prophète d’Allah était le plus généreux des hommes, et particulièrement au mois de Ramadân, lorsqu’il rencontrait l’Ange Gabriel avec la Révélation et que celui-ci lui enseignait le Coran. Sa générosité était ininterrompue comme le souffle continu du vent bénéfique. » (Hadith rapporté par Al Bukhârî). A ce titre, le mois du Ramadan est le mois du Coran par excellence car il est descendu durant ce mois : « (Ces jours sont) le mois de Ramadân au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et du discernement (S2, v185) ». La compagnie quotidienne du Coran s’impose, en intensifiant l’approfondissement spirituel de la méditation de ses versets, l’incarnation de ses valeurs, sans en négliger bien entendu sa lecture et son apprentissage.

Le Ramadan n’est donc pas un mois de festivités, un temps de désorganisation sociale et horaire ou de consommation effrénée. Le Ramadan est prioritairement un temps de réjouissance spirituelle et d’introspection, d’effort sur soi dans tous les domaines où il est humainement possible de progresser. Le Ramadan est un mois rythmé par les temps de prières diurnes et nocturnes, les temps de repas : notamment le repas béni avant l’aube et le repas de rupture de jeûne.

L’éveil de la conscience est le but ultime de ce mois sacré exprimé en ses versets : « Ô croyants ! Nous vous avons prescrit le jeûne (Al-Siyam) comme Nous l’avons prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété ».

Sheikh Hfz. Rabie Fares