Quelle attitude face à la crise sanitaire : vers un confinement spirituel et éducatif !

Mes chers frères, mes chères sœurs, mes chers amis,

Je m’adresse solennellement à vous en ce début du mois de Châ’abane ! Nous ressentons à présent l’odeur spirituelle de Ramadan ! Nos cœurs frémissent de joie au retentissement de nos âmes pour accueillir ce mois béni doté d’une place particulière dans l’esprit des Musulmans ! Que Dieu bénisse ce mois et nous accorde l’opportunité d’atteindre le Ramadan sans en être privés dans nos mosquées ! Mais il n’y aura que ce que Dieu Tout-Puissant a décidé !

Tout le monde mesure la gravité de la situation sanitaire que traverse actuellement le monde entier. Dans notre Grand-Duché au Luxembourg, le dernier bilan officialisé par le Ministère de la Santé fait état de 1605 infections, ce qui est beaucoup au niveau européen proportionnellement au nombre d’habitants. Néanmoins, la bonne nouvelle, c’est que le nombre de décès stagne depuis deux semaines à 15 morts. Que Dieu, Le Tout Clément préserve le pays et l’épargne de tout malheur.

En ce moment, en notre nom à tous en tant que communauté musulmane, nous exprimons nos sincères condoléances aux familles endeuillées, ainsi qu’à leurs proches et nous demandons à Dieu de guérir les malades !

Je tiens à rendre hommage au courage, à l’abnégation et au dévouement de nos médecins, infirmiers, urgentistes, ambulanciers, pompiers, agents de police, aux caissiers et caissières, aux agents de sécurité et de nettoyage, aux éboueurs, aux personnels funéraires, aux chauffeurs de transports en commun et tant d’autres…

Je salue également le rôle des ministres, des enseignants, des chercheurs, des travailleurs sociaux, parmi lesquels éducateurs et psychologues, les ministres de culte parmi lesquels nos imams et les autres responsables religieux des autres confessions pour leur rôle d’éclairage, de conseil et d’accompagnement des gens en détresse.

Toute cette armée invisible, qui se mobilise au quotidien et qui travaille dans l’urgence et souvent dans des conditions difficiles fait la fierté de notre pays et mérite notre respect, notre admiration et notre reconnaissance ! Ces personnes se mettent souvent en danger au détriment de leur famille, de leur sommeil pour œuvrer au quotidien pour notre santé, notre bien-être !

Que Dieu leur vienne en aide.

Nous ne sommes qu’au début de cette épidémie qui s’accélère et s’intensifie selon les pays. Mais nous pouvons traverser cette épreuve collective dignement, par la Grâce de Dieu, si nous faisons preuve de responsabilité, de solidarité et d’entraide ! Nous sommes tous dans ce navire au milieu d’une mer, dont les vagues gigantesques ne cessent de secouer notre destin ! Sommes-nous capables d’assumer collectivement nos responsabilités, d’être à la hauteur des enjeux de la situation afin de permettre à ce navire d’arriver à bon port en toute sécurité ? Ou allons-nous nous hasarder, nous suicider collectivement et faire couler le navire ? Nous sommes à l’épreuve de l’Histoire ! Notre Prophète Muhammad – que la prière et le salut soient sur lui – décrit parfaitement la situation que nous vivons avec cette belle métaphore : «  …parmi ces gens qui tirent au sort pour se réserver des places à bord d’un bateau, certains obtiennent l’étage supérieur et d’autres vont à l’entrepont. Lorsque ces derniers ont besoin d’eau, ils doivent nécessairement passer par le pont supérieur. Alors, afin de ne pas déranger ceux de l’étage supérieur, ils suggèrent de creuser un trou dans leur partie du bateau. Et si ceux de l’étage supérieur les laissent faire, tout le monde fera naufrage ; au cas contraire tout le monde sera sain et sauf ».

En effet, cette calamité va révéler notre capacité de résilience collective, d’empathie affective et de solidarité effective ! Sommes-nous capables d’oublier nos querelles, être soudés et solidaires ?

 

Mes frères et sœurs,

Mon premier conseil de base, que vous ne cessez d’entendre ces derniers jours de différentes façons est : « Restons chez nous » ! Ce confinement est à la fois une obligation religieuse et un devoir citoyen, car il s’agit de préserver la vie sacrée en Islam : « …. Quiconque sauve une vie, c’est comme s’il a donné vie à l’humanité entière. » (« La table servie » – S.5, V.32) ! On ne peut en aucun cas par insouciance, maladresse ou ignorance mettre sa vie et celle des autres en danger ! Agissons donc avec responsabilité et rejoignons nos demeures !

Je vous annonce cette bonne nouvelle pour toute personne qui reste confinée chez elle en ce moment, tout en faisant preuve de courage, de persévérance et de patience : elle est considérée comme un martyr même si elle ne meurt pas ! Le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – a dit dans un Hadith authentique rapporté par Al Boukhari : « Toute personne, au moment de l’arrivée de la peste, qui reste chez elle en faisant preuve de patience et d’endurance, sait que rien ne la touchera à part ce qu’Allah a décrété pour elle, Allah lui donnera la récompense d’un martyr ». Alors, faisons de ce confinement un moment pour grandir spirituellement, nous élever intellectuellement et mûrir humainement ! Acceptons ce confinement dans la joie, la sérénité et la paix ! L’Imam Malek – que Dieu lui accorde miséricorde – dit : « La demeure du croyant est son paradis » et en rentrant chez lui, il disait à chaque fois la formule à prononcer quand on admire une chose : « MachaAllah, la Qowata illa biAllah » (« Telle est la Grâce d’Allah ! Il n’y a de puissance que par Allah ») ! Nous devons (ré)apprendre à ressentir ce bonheur d’être chez soi, de déguster le plaisir de la proximité familiale, la joie de compagnie de nos enfants, de notre conjoint ! Profitons de chaque moment, de chaque instant pour travailler, prier, lire, écrire, nous reposer ! Faisons de ce confinement spirituel et éducatif un meilleur tremplin pour méditer, contempler et invoquer ! Nous avons tant de négligences à l’égard de notre Créateur à corriger, tant de manquements dans nos devoirs familiaux à réparer, tant de vide spirituel à combler, tant de besoins intellectuels et spirituels à assouvir ! Donc, regardons-nous dans le miroir de notre conscience ! Inspectons nos intentions ! Prenons le temps pour ménager l’espace de notre intériorité !

 

Mon deuxième conseil :

Soyons plus lucides, plus mesurés et plus mûrs lors de cette crise ! Cessons de propager des rumeurs et les Fake News sans discernement ! Arrêtons de propager des fausses informations sans connaître leurs sources, ni étayer leurs arguments ! Soyons plus sérieux et plus responsables car à l’ère de la télécommunication, « le mensonge peut faire le tour de la terre, le temps que la vérité mette ses chaussures » comme disait l’un des sages ! Donc, vérifions la source et la fiabilité de nos informations conformément à l’enseignement coranique : « Ô croyants ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez-en la teneur, de crainte que vous fassiez du tort à des innocents par inadvertance et d’en éprouver ensuite des remords » (Sourate « Al-Hujurât », Les appartements, S.49, V.6) ! Donc, face à la surinformation en permanence en ce moment de crise, faisons le tri, gardons l’essentiel et fixons des limites ! Le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – dit : « Il n’y a pas de mensonges pires que de rapporter aveuglément ce qu’on entend » !

Ne participons pas à véhiculer des informations de nature à déstabiliser les gens, à nourrir l’angoisse généralisée et à alimenter la peur collective ! Sachant, qu’il y a parmi nous des gens fragiles psychologiquement et d’autres plus vulnérables ou faibles physiquement ! Dieu nous met en garde contre cette attitude précipitée et pressée : « Et si une nouvelle leur est parvenue sécurisante ou faisant peur, ils ne se gênent pas pour la propager aussitôt. Et s’ils s’étaient référés au Prophète et aux gens du savoir, ils auraient su l’extraire de sa source » (Sourate « An-Nisâ’ », Les femmes, S.4, V.83) ! Donc, évitons de spéculer sur les domaines qui ne relèvent pas de nos compétences et demandons aux gens de la connaissance et du savoir ! Ayons la bonne attitude, celle de nous référer aux experts et aux personnes plus compétentes, dans tous les domaines religieux, médicaux, politiques, sociaux : « Et interrogez les gens du savoir si vous ne savez pas » (Sourate « Al Anbiyâ’ », Les Prophètes, S.21, V.7) ! Ne devenons pas des enquêteurs apprentis, des pseudo-analystes et des religieux auto-proclamés ! Observons, analysons et relativisons ! Et gardons-nous de toute opinion arrêtée et de toute position figée !

 

Mon 3ème conseil :

Soyons plus optimistes, plus paisibles et plus sereins ! Nous sommes surexposés aux informations catastrophiques qui nous parviennent du monde entier, ce qui génère des angoisses et des peurs irrationnelles ! La peur brise notre force de réflexion et paralyse notre capacité d’action ! Elle est mauvaise conseillère et encore plus contagieuse ! Dissipons alors cette peur par la confiance en Dieu : « Dis : rien ne nous atteindra, en dehors de ce qu’Allah a prescrit pour nous. Il est notre Protecteur. C’est en Allah que les croyants doivent placer leur confiance » (Sourate « At-Tawbah », Le repentir, S.9, V.51) ! Redonnons aux gens de l’espoir, de l’espérance et de la confiance ! Le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – préconisait la conduite exemplaire à manifester lors de la visite d’un malade en fin de vie : « Si vous rendez visite à un malade, donnez-lui l’espoir de vivre plus longtemps, car cela ne changerait en rien dans le destin d’Allah ». En d’autres termes, c’est comme si le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – nous disait implicitement : « Qu’est-ce qui vous empêche de semer l’espoir dans le cœur des gens dans la mesure où vos pronostics quant à l’avenir ne changeraient en rien la réalité des choses ? ».

En ce moment de crispation, les gens ont besoin d’une attitude bienveillante et compatissante, incitant la méditation, invitant à l’introspection et à l’autoévaluation : le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – disait : « Rassurez et ne faites pas paniquer et repousser les gens » ! Je m’adresse particulièrement aux responsables religieux, parmi lesquels imams et prédicateurs : ne produisons pas un discours religieux apocalyptique culpabilisant, trop moralisateur et frustrant ! Beaucoup de prédicateurs n’hésitent pas à dramatiser la crise et à la qualifier de façon de façon simpliste, comme émanant de la colère et de la vengeance divine, apportant ainsi de la confusion ! Usons – dans nos propos –  de nuance, de finesse et de justesse ! Les compagnons du Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – ont accueilli la pandémie de la peste comme une forme de miséricorde et non comme un châtiment divin, comme l’illustrent plusieurs de leurs attitudes à l’époque ! Si cela avait été le cas, pourrait-on se permettre de qualifier le décès de nombre de compagnons lors de cette épidémie de peste de châtiment divin ?

Ouvrons aux gens la porte de la Miséricorde divine, mobilisant les gens à l’action utile, au lieu de les condamner à vivre ce moment dans la frustration ! Les gens ont besoin d’une parole douce, tendre et rassurante : « Et dites-lui des paroles douces (Sourate « Tâ-Hâ », S.20, V.44) ! Les gens ont besoin de propos justes, utiles et éclairants : « Ô croyants ! Craignez Allah et tenez des propos justes, afin qu’il améliore vos actions et vous pardonne vos péchés » (Sourate « Al-Ahzab », Les coalisés, S. 33, V. 70-71).

Ayons à l’esprit cette belle parabole coranique : « N’as-tu pas vu comment Allah propose en parabole une bonne parole, pareille à un bel arbre dont les racines sont profondes (se fixent solidement dans le sol) et dont la ramure s’élance vers le ciel, en produisant, par la Grâce de son Seigneur, des fruits à tout instant » (Sourate « Ibrahim », S.14, V.24-25).

 

Mon 4ème conseil :

Soyons plus solidaires et plus humains. Pensons aux plus fragiles, et aux plus démunis ! Les actes de bienfaisance, de bienséance et de clémence sont énormément récompensés par Dieu – soit-Il Exalté – surtout en ce moment difficile ! Dieu a dit : « Et ils se conseillent mutuellement l’endurance et la clémence » ((Sourate Al-Balad , S90, V17).  Et sachons comme le dit notre Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – que : « Le meilleur des gens est celui qui est le plus utile pour l’humanité ». Et il dit : « Et celui qui dissipe une angoisse de quelqu’un, Allah le délivrera de l’angoisse du Jour du Jugement ».

Ayons une pensée pour toutes les personnes vivant dans l’isolement, dans la précarité et dans la pauvreté, pour les sans-abris…

 

Mon dernier conseil :

Méditons sur les bienfaits indénombrables de Dieu sur nous ! Avons-nous ressenti la valeur de Ses Bienfaits, la faveur de Ses Dons et la largesse de Sa Générosité ? :  « Et Il vous a accordé tout ce que vous Lui avez demandé. Et si vous comptiez les bienfaits d’Allah, vous ne sauriez les dénombrer. L’homme est vraiment très injuste, très ingrat. » (Sourate « Ibrahim », S.14, V.34) ! Le Prophète – que la prière et le salut soient sur Lui – disait : « Celui d’entre vous, qui se réveille le matin, en sécurité parmi les siens, ne souffrant dans son corps d’aucun mal et possédant la nourriture de sa journée, c’est comme si l’on avait amassé pour lui tous les biens de ce monde ».

Reconnaissons la valeur de ce qu’Il nous a octroyé et exprimons notre gratitude et notre reconnaissance envers Celui qui nous a créés et qui nous aime ! Portons nos louanges les plus sincères envers Lui, matin et soir : « Et lorsque votre Seigneur proclama : « Si vous êtes reconnaissants, très certainement, j’augmenterai mes bienfaits pour vous » (Sourate « Ibrahim », S.14, V.7) !

Dégustons cet appel divin, surtout en ce moment de détresse : « Pourquoi Allah vous infligerait-Il un châtiment si vous êtes reconnaissants et croyants ! Allah est Reconnaissant et Omniscient » (Sourate « An-Nisaâ’ », Les femmes, S.4, V. 147).

Enfin, je finis avec ce beau conseil prophétique : « Garde ta langue, confine- toi dans ta demeure et pleure sur tes péchés ».

  • « Garde ta langue » : arrête de propager les fake News.
  • « Confine-toi dans ta demeure » : reste chez toi.
  • « Et pleure tes péchés » : prie et invoque Dieu.

Que Dieu délivre l’humanité de cette épreuve, pardonne nos péchés et nous protège tous.  Amine.

 

Dr. Rabie Fares
Chef de Culte Musulman au Grand-Duché de Luxembourg

Message d’espoir du chef de culte dans le contexte de crise de coronavirus

Chers Présidents,
Chers Imams,
Chers responsables religieux,
Chers frères et sœurs,

Nous vivons depuis quelques semaines une situation inédite dans l’Histoire à l’échelle de la planète. Depuis un siècle, nous n’avons encore jamais connu une telle pandémie sanitaire mondiale qui ravage des vies chaque jour dans tous les continents. L’Europe devient désormais l’épicentre du virus. Cette crise sans précédent a commencé à transformer radicalement nos habitudes de consommation, de travail et même de pratique de notre culte. Nous avons besoin alors de réacquérir des réflexes, de réapprendre des méthodes, de développer des attitudes pour mieux vivre ce temps de crise. Retrouver ces gestes et ces attitudes peut bousculer nos habitudes et transformer notre quotidien. Selon tous les spécialistes, la situation est grave : il convient de tout mettre en œuvre pour préserver la vie humaine, âme chère auprès du Divin, en évitant tout contact pouvant transmettre ce virus qui se propage rapidement et notamment lors des rassemblements.

Les images qui nous parviennent de Chine, d’Italie et d’Espagne sont effrayantes. Ce scénario catastrophique – qu’Allah nous en préserve – peut arriver à n’importe quel moment, dans n’importe quel pays, si les gens n’agissent pas avec le sens du devoir et de leur responsabilité individuelle. Comment un virus, créature si minuscule, peut-il menacer l’humanité entière ? Nous constatons que c’est la Puissance d’Allah, qui s’exprime avec toute Sa Force, Son Pouvoir et Son Omnipotence pour révéler notre fragilité, notre faiblesse, notre petitesse et parfois même notre inconsistance : « Et Il est le Dominateur Suprême sur Ses Serviteurs. Et Il envoie sur vous des gardiens » (Sourate Les bestiaux, « Al’An’âm », Sourate 6, Verset 61).
Quelle tristesse de voir l’affolement des gens dans les supermarchés, le confinement d’autres dans leurs demeures et le surpeuplement des hôpitaux. En tant que croyants, nous n’avons jamais imaginé que la Ka’aba – haut lieu sacré de l’Islam – puisse être un jour interdite aux pèlerins ! Nous n’avons jamais songé que de nombreuses mosquées dans le monde entier puissent être fermées un jour aux fidèles ! Quelle douloureuse situation pour nous tous, imams, responsables et fidèles, tant attachés aux demeures d’Allah, lieux de paix, de prières, d’instruction, d’apaisement et de clémence d’en être privés. Néanmoins, nous pouvons garder confiance, espoir et force car si la prière n’est pas célébrée collectivement, cela ne signifie aucunement que la vie spirituelle s’arrête : « Et la terre entière m’est accordée comme mosquée » disait le Prophète, que la prière et le salut soient sur Lui. C’est donc le moment de faire de nos foyers un lieu de prière, de méditation et d’amour : « Et faites de vos demeures un lieu de prière et accomplissez la prière. Et fais la bonne annonce aux croyants » (Sourate « Jonas », Sourate 10, Verset 87). Dieu, Très Miséricordieux nous accordera la récompense complète de nos actes de dévotions en fonction de nos intentions, comme si nous les avions effectués réellement à la mosquée, comme le montre plusieurs hadiths prophétiques.

Ce moment de confinement forcé peut se révéler bénéfique et servir de tremplin pour se réconcilier avec le Divin, communiquer avec soi-même et être en communion avec sa famille. Dans ces moments sombres, allumons les bougies de l’espoir, accueillons la lumière de la foi et déclenchons l’étincelle de la confiance. Souvenons-nous que l’épreuve en Islam n’est pas tragique : elle ne se vit pas dans la peur, ni dans la douleur ; elle se vit dans la douceur, dans l’acceptation, dans la dignité et dans la confiance. Nous avons espoir en Dieu, nous croyons que ce mal est un bien pour l’humanité, une bifurcation critique certes, mais une source de renaissance pour penser un autre monde plus serein, plus juste et plus humain : « Ne pensez pas que c’est un mal pour vous, mais plutôt, un bien pour vous » (Sourate « La Lumière », Sourate 24, Verset 11). En effet, les temps de crise en tant que moments d’épreuve nous permettent de grandir et de mûrir.

Depuis plusieurs décennies, le monde va mal et tout un chacun tout à chacun fait le constat d’un malaise lié à la vie moderne. En effet, l’humanité semble – depuis des décennies – condamnée à vivre au quotidien à un rythme effréné, confrontée à une culture de l’urgence, au culte de performance, de l’apparence et à la logique marchande. Pressés et stressés, les gens se retrouvent dans une situation d’ambivalence, psychologiquement déstabilisés et socialement fragilisés. Beaucoup de gens vivent des conflits de valeurs, fuient cette réalité sombre si difficile à supporter psychologiquement, en consommant des psychotropes (antidépresseurs…), en s’évadant dans une course aux loisirs et aux plaisirs immédiats, en pensant aux vacances, en lisant des romans, en regardant le cinéma, la télévision en boucle, les séries diffusées sur internet, les réseaux sociaux…

Ce temps de crise relative au Coronavirus a donné un brutal coup d’arrêt à notre monde qui poursuit son inéluctable expansion et sa croissance économique méconnaissant sa destinée. Nos sociétés se soucient uniquement de l’impératif du rendement au point d’épuiser les ressources de la planète en la surexploitant, ce qui a généré des désastres environnementaux. Le monde du travail devient de plus en plus un lieu de compétition et de souffrance.

La pandémie de Coronavirus nous apprend à revenir à l’essentiel, à être plus présent avec nos enfants, à travailler à notre rythme, à reposer notre esprit, à rééquilibrer notre vie. En effet, la famille, parfois tellement négligée de nos jours, revient au centre de nos préoccupations. Cette pandémie de Coranavirus nous dit que nous ne sommes pas les maîtres du monde et que tout n’est pas contrôlable, exploitable, inusable, que tout n’est pas maitrisable et n’est pas prévisible : « Prenez garde ! Vraiment l’homme devient rebelle, dès qu’il estime qu’il peut se suffire à lui-même (à cause de sa richesse) » (Sourate « Al Qalam », Sourate 96, Versets 6-7).

Le Coranavirus vient alors briser les illusions d’un monde ultramoderne, et technicisé, sape le mythe d’une société industrialisée et réveille nos instincts de survie les plus naturels. Nous devons alors agir avec un sens aigu de notre responsabilité civile et morale, en développant un élan de solidarité, une forme d’unité et de générosité.

Nous pouvons, tout en prenant les précautions sanitaires nécessaires, penser aux plus fragiles, aider nos ainés s’ils ont besoin de faire leurs courses, d’aller à la pharmacie ou à un rendez-vous médical par exemple. Avec notre foi, grâce à notre énergie spirituelle, soyons plus forts et accueillions l’avenir avec beaucoup d’espoir : espoir que l’humanité changera son chemin et se réconciliera avec les valeurs éthiques et morales qui la fondent.

Que Dieu Tout-Puissant délivre l’humanité de cette calamité, nous ouvre les portes de Sa Clémence et nous accorde le meilleur dans cette vie d’ici-bas et dans l’au-delà.

Amine.