Khoutba centrale : « Les véritables géants trouvent leur inspiration dans l’Au-delà »
L’homme, dans ce bas monde, ne cesse de semer : il sème par ses paroles, il sème par ses choix, il sème par sa persévérance ou par sa négligence, il sème dans le silence de ses intentions avant même que cela n’apparaisse dans ses actes. C’est pourquoi le Coran, lorsqu’il parle de harth – du champ, de la récolte et de la culture – semble nous dire que la vie n’est pas une marche hasardeuse, mais un travail de la terre : labourer, arroser, endurer et attendre la moisson.
La différence entre les hommes ne réside pas dans le fait qu’ils fassent des efforts – tous font des efforts –, mais dans ce pour quoi ils se dépensent : à quoi se consume leur cœur, à quoi se consume leur temps, à quoi se consume leur énergie. Les véritables grands ne sont pas seulement ceux qui ont beaucoup accompli, mais ceux qui ont su où se trouve la véritable récolte. Ils ont porté le chemin terrestre comme un champ de labeur, et l’Au-delà comme un objectif qui donne sens, poids et direction à toute chose.
Allah le Très-Haut dit :
« À celui qui désire la récompense de l’Au-delà, Nous l’augmenterons ; et à celui qui désire la récompense de ce bas monde, Nous la lui accorderons, mais il n’aura aucune part dans l’Au-delà. » (Ach-Choura, 20)
En commentant ce verset, le célèbre exégète Fakhr ad-Dîn ar-Râzî, qu’Allah lui fasse miséricorde, dit :
« Ce verset indique que les bienfaits de l’Au-delà comme ceux de ce monde ne s’obtiennent qu’au prix de l’effort. Dans les deux cas, il faut cultiver, travailler la terre et semer, ce qui implique de fournir des efforts et de supporter des difficultés lors des semailles, de l’irrigation, de la récolte, puis du tri et de la séparation du grain et de l’ivraie. »
(Mafâtîh al-ghayb, commentaire de Ach-Choura, 20, vol. 13, p. 427)
Puisqu’Allah a appelé aussi bien les bienfaits de l’Au-delà que ceux de ce monde harth – une culture, un champ, une récolte –, nous comprenons que chacun d’eux ne s’obtient qu’au prix de la peine et de l’épreuve, car sans effort il n’y a pas de fruit. Ensuite, Allah le Très-Haut a clairement montré que le destin de l’Au-delà est l’accroissement, la perfection et l’éternité, tandis que le destin de ce monde est la diminution, la fugacité et la disparition.
Comme s’Il disait : puisque les deux mondes exigent l’effort de la culture, des semailles, de la récolte et de l’épuration des fruits, il est plus digne d’investir ces peines dans ce qui s’accroît et demeure éternellement que dans ce qui diminue et finit par disparaître.
Ar-Râzî ajoute :
« Dans ce cas, l’Au-delà symbolise un paiement différé, tandis que le bas monde symbolise le paiement comptant. Or, bien que le paiement comptant ait, chez les gens, plus de valeur que le paiement différé, Allah le Très-Haut a montré clairement que, concernant l’Au-delà et le bas monde, la situation est inversée. Car même si l’Au-delà représente un paiement différé, il est plus complet et éternel, tandis que le bas monde, bien qu’il représente le paiement comptant, est éphémère et insignifiant. Cela montre que la réalité de l’Au-delà ne ressemble en rien à celle de ce monde, et que dans ce monde il n’existe de l’Au-delà que le nom, comme cela est rapporté d’Ibn ‘Abbâs, qu’Allah l’agrée. »
(Mafâtîh al-ghayb, ibid.)
Certains savants musulmans, commentant l’explication d’ar-Râzî, ont ajouté que, selon la Charia elle-même – et pas seulement selon les critères humains –, le paiement comptant est préférable au paiement différé lorsque les deux ont une valeur égale. Ainsi, si deux acheteurs proposent le même prix pour une marchandise, l’un payant comptant et l’autre à crédit, le vendeur choisira naturellement celui qui paie comptant, toutes choses égales par ailleurs. Mais si l’acheteur à crédit augmente suffisamment le prix, le vendeur préférera alors la vente à terme, donnant la priorité à un montant nettement plus élevé obtenu plus tard plutôt qu’à une somme moindre immédiate.
Pourtant, lorsqu’il s’agit du bas monde et de l’Au-delà, la majorité des gens donnent la préférence au bas monde, pourtant éphémère et de faible valeur, au détriment de l’Au-delà, bien qu’il soit meilleur et éternel, comme Allah dit :
« En vérité, vous aimez la vie présente, et vous ne vous souciez pas de l’Au-delà. » (Al-Qiyâma, 20-21)
et :
« Mais vous préférez la vie d’ici-bas, alors que l’Au-delà est meilleur et plus durable. » (Al-A‘la, 16-17)
Celui qui reconnaît vraiment, choisit l’Au-delà
Seuls les croyants sincères, ceux qui ont compris la réalité de ce monde et de l’Au-delà, donnent la priorité à l’Au-delà, car son gain est incomparablement meilleur, en quantité comme en qualité, en valeur comme en durée. Cela se manifeste particulièrement dans la constance et la fermeté de la personne.
Cheikh al-Islam Ibn Taymiyya a dit :
« La constance dans la science et la foi au moment des troubles et des ambiguïtés est l’un des plus grands bienfaits. Il y a des gens qui croient tant qu’ils sont en sécurité et en bonne santé, mais qui abandonnent la foi lorsqu’ils sont éprouvés par les tentations et les troubles. Le croyant doit donc savoir que sa fermeté dans la foi en temps d’épreuve est l’un des plus grands bienfaits d’Allah. »
(Jâmi‘ al-masâ’il, I/399)
Dans le même sens, Ibn al-Qayyim al-Jawziyya a dit :
« Celui qui a véritablement connu Allah, Son droit et ce qui convient à Sa majesté en matière d’adoration, considère ses bonnes œuvres comme insignifiantes à ses propres yeux. Car il sait que ce n’est pas cela qui le sauve du châtiment d’Allah, et que ce qui sied à la grandeur d’Allah est bien au-delà. Plus ses bonnes œuvres augmentent, plus elles lui paraissent petites. En revanche, si ses œuvres lui semblent grandes et importantes, cela indique qu’il existe entre lui et Allah un voile, et qu’il n’a pas réellement conscience d’Allah ni de ce qui Lui convient. »
(Madârij as-sâlikîn, I/276)
Il a également dit :
« La prière a un effet étonnant pour repousser les maux de ce monde, préserver la santé et la force du corps et du cœur, et éloigner d’eux les mauvaises choses. Vous ne trouverez pas deux hommes atteints d’une même maladie, d’une même épreuve ou d’une même calamité, sans que la part de celui qui accomplit la prière soit moindre et que les conséquences pour lui soient meilleures et plus sûres. »
(Zâd al-Ma‘âd, 1/204)
L’Au-delà, source d’inspiration des premières générations
Il était le plus grand savant et l’homme le plus respecté d’Égypte à son époque. En plus de son savoir, il était connu pour son immense générosité. Chaque jour, il donnait l’aumône à trois cents pauvres. Il préparait des douceurs pour ses étudiants et y glissait des pièces d’or. Il était toujours souriant, au cœur tendre, nourrissait les enfants de sa propre main et se mettait au service des démunis.
Personne ne lui demandait quelque chose sans qu’il ne le donne, et personne ne venait à lui avec un besoin sans qu’il ne l’aide à le satisfaire. Son revenu annuel atteignait quatre-vingt mille dinars d’or, et pourtant il n’était jamais soumis à l’obligation de la zakat, car il distribuait tant d’argent tout au long de l’année qu’il ne conservait jamais chez lui le minimum imposable (nisâb).
Lorsque la maison du savant ‘Abdullah ibn Lahî‘a, son contemporain, brûla, il lui envoya mille dinars. En partant pour le pèlerinage, l’imam Mâlik lui offrit un récipient de dattes fraîches, et il le lui rendit rempli de pièces d’or. L’imam ach-Châfi‘î disait à son sujet :
« Il maîtrisait le fiqh mieux que l’imam Mâlik, mais ses élèves n’ont pas préservé ni diffusé son école juridique. »
(Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 7/213)
Il exerçait également avec succès le commerce du miel. Un jour, une femme vint avec un verre et demanda du miel pour son mari. Il lui dit :
« Va chez Abû Qusayma et dis-lui de te donner une outre de miel. »
Quand Abû Qusayma lui donna une outre, il dit :
« Elle a demandé selon son besoin, et nous lui avons donné selon nos moyens. »
Il s’agissait d’al-Layth ibn Sa‘d, né en Égypte en 94 de l’Hégire et mort en 175, à l’âge de quatre-vingt-un ans.
Khâlid ibn ‘Abd as-Salâm as-Sadafî a rapporté :
« J’ai assisté avec mon père aux funérailles d’al-Layth ibn Sa‘d, et je n’ai jamais vu d’enterrement aussi grand. J’ai vu les gens pleurer sa mort et se présenter les condoléances les uns aux autres. J’ai dit à mon père : “Père, on dirait que c’est un membre de leur famille qui est mort.” Il m’a répondu : “Mon fils, il est rare que tu voies quelqu’un comme al-Layth ibn Sa‘d.” »
Quand l’homme commence à vivre, la mort arrive
Dans son ouvrage Wafayât al-a‘yân, Ibn Khallikân mentionne le cas du savant malikite et juge ‘Abd al-Wahhâb al-Mâlikî, qui dut quitter Bagdad à cause de son extrême pauvreté. En quittant sa ville natale, il dit :
« Bagdad est la demeure des riches,
et pour les ruinés, le séjour de la misère.
J’y étais délaissé par les gens,
comme un exemplaire du Coran dans la maison d’un mécréant. »
Après une vie de pauvreté à Bagdad, il se rendit en Égypte où il devint juge et connut l’aisance matérielle. Mais il n’en profita pas longtemps : il tomba malade et mourut peu après. On rapporte qu’avant de rendre l’âme, il dit :
« Lâ ilâha illa-Llâh, lorsque nous avons commencé à vivre, nous sommes morts. »
C’est-à-dire : au moment où nous avons commencé à goûter aux bienfaits de ce monde, la mort nous a surpris.
La fugacité ruine les projets
La vie d’ici-bas est étrange et imprévisible. Combien de personnes s’épuisent toute leur vie pour accumuler de l’argent et assurer une vieillesse confortable ! Et lorsqu’elles y parviennent enfin, lorsqu’arrive le temps du repos et de la jouissance, surviennent maladies et épreuves qui les empêchent même de manger un morceau de pain en paix – ou bien la mort les surprend.
Combien ont bâti une maison selon leurs goûts, sans jamais avoir eu le destin d’y vivre ne serait-ce qu’un seul jour. Lorsqu’ils ont voulu vivre, ils sont morts.
La vie est comme des feuilles
Notre vie en ce monde ressemble à un arbre couvert de feuilles : à chaque feuille qui tombe, l’arbre se rapproche de sa fin. Les véritables heureux sont ceux qui passent leur vie dans l’obéissance à Allah et les bonnes œuvres. Les véritables malheureux sont ceux qui vivent loin d’Allah et de Sa guidance – une vie lourde et étouffante.
Tant que nous sommes encore sur ce rivage, attendant la barque qui nous fera traverser vers l’autre rive, profitons des bienfaits de la santé, du savoir, des biens et du prestige dans l’obéissance à Allah, et non dans le péché. Accomplissons des œuvres qui nous réjouiront lorsque nous les verrons le Jour du Jugement, et non celles qui nous attristeront, nous couvriront de honte et nous rendront éternellement malheureux.
Combien de personnes que la terre a recouvertes depuis longtemps sont encore vivantes parmi nous par le savoir qu’elles ont laissé, les biens qu’elles ont consacrés en aumône perpétuelle, les routes, mosquées, écoles et fontaines qu’elles ont construites, ou par les fils et filles qu’elles ont éduqués et qui ont poursuivi le chemin lumineux de la piété, du bien et du service des gens.
Et combien d’autres sont vivants parmi nous mais, par ignorance, égarement, négligence et une vie consacrée au jeu, au divertissement et au péché, sont inutiles à eux-mêmes et aux autres – et sont ainsi plus morts que ceux qui reposent dans leurs tombes.
(Khoutba centrale du chef de culte Hafiz Hilmija Redžić du 2 janvier 2026 au Centre Islamique Gazi Isa-beg à Esch-sur-Alzette)