Khoutba centrale de l’Aïd al-Adha : « La joie de l’Aïd, sous le signe de la gratitude et de la dignité »

Chers frères et sœurs,

L’Aïd al-Adha est l’un des jours les plus bénis de l’année. C’est un jour de prière, de takbîr, de sacrifice rituel (qurbân), de gratitude et de rapprochement d’Allah, le Très-Haut. C’est aussi un jour de joie, mais d’une joie qui n’est ni vide ni superficielle ; une joie imprégnée de foi, de soumission à Allah et de conscience de Ses innombrables bienfaits.

Allah, le Très-Haut, dit :

« Dis : “Que les croyants se réjouissent donc de la grâce d’Allah et de Sa miséricorde ; cela vaut bien mieux que tout ce qu’ils amassent.” »
(Sourate Yûnus, 10:58)

Les premières générations de musulmans comprenaient que la grâce et la miséricorde d’Allah mentionnées dans ce verset désignent l’islam, le Coran et la guidance qu’Allah a accordée à Ses serviteurs. Ibn ‘Abbâs (qu’Allah l’agrée, ainsi que son père) a dit que la grâce d’Allah est l’islam, et que Sa miséricorde est le Coran. (Tafsîr At-Tabarî, commentaire du verset Yûnus, 58).

Ainsi, la joie de l’Aïd est avant tout la joie de la guidance, de la prière et de la possibilité de nous rapprocher d’Allah. Nous nous réjouissons qu’Allah nous ait accordé la vie jusqu’à ces jours bénis, qu’Il nous ait permis de prononcer les takbîrs, d’accomplir la prière de l’Aïd, d’offrir le sacrifice et de partager le bien autour de nous.

Le croyant se réjouit, mais il n’oublie jamais Celui qui lui a accordé ces bienfaits. Sa joie n’est ni arrogance, ni ostentation, ni vanité. Allah, le Très-Haut, rapporte les paroles adressées à Qârûn :

« Ne sois pas insolent, car Allah n’aime pas les arrogants. »
(Sourate Al-Qasas, 28:76)

Mujâhid (qu’Allah lui fasse miséricorde) explique que ce verset condamne l’orgueil et la suffisance provoqués par les biens de ce monde. (Tafsîr Ibn Kathîr, commentaire du verset Al-Qasas, 76).

La joie digne dit :

« Alhamdoulillah, ceci est une grâce d’Allah. »

La joie orgueilleuse dit :

« Regardez-moi et voyez ce que je possède. »

La joie digne rend le croyant plus humble, plus généreux et plus proche des gens. La joie orgueilleuse, au contraire, pousse à l’ostentation, au mépris des autres et fait oublier que tout ce que nous possédons peut disparaître à tout instant.

L’Aïd al-Adha nous enseigne tout particulièrement que l’essentiel ne réside pas dans les apparences, mais dans l’état du cœur. Allah, le Très-Haut, dit :

« Ni leur chair ni leur sang n’atteindront Allah, mais c’est votre piété qui Lui parviendra. »
(Sourate Al-Hajj, 22:37)

Le sacrifice ne consiste pas seulement à immoler un animal. Il est le symbole de l’obéissance, de la gratitude et de la volonté de sacrifier une partie de ses biens pour obtenir l’agrément d’Allah. Il nous apprend également que notre joie ne doit pas être égoïste. Une partie de la viande est destinée à notre famille, une autre est offerte à nos proches et à nos voisins, et une troisième est distribuée à ceux qui sont dans le besoin.

La véritable joie de l’Aïd ne consiste pas uniquement à voir notre table abondamment garnie, mais aussi à faire en sorte que d’autres se réjouissent grâce à nous. Que nos parents se réjouissent de notre visite, nos proches de notre appel, les enfants de nos cadeaux, et les personnes démunies ou isolées de notre soutien.

Le Messager d’Allah ﷺ était l’homme le plus digne, mais aussi celui dont le visage était le plus souriant. ‘Abdullah ibn Al-Hârith (qu’Allah l’agrée) a rapporté :

« Je n’ai jamais vu quelqu’un qui souriait davantage que le Messager d’Allah ﷺ. »
(At-Tirmidhî, 3641)

Le Prophète ﷺ a également dit :

« Ton sourire adressé à ton frère est une aumône. »
(At-Tirmidhî, 1956)

La dignité ne signifie donc ni sévérité, ni rudesse, ni froideur. Le croyant peut être ferme dans sa religion tout en étant doux, souriant et agréable envers les gens. Son sourire ne diminue en rien sa valeur ; il reflète au contraire la beauté de son noble caractère.

L’Aïd est une occasion de nous rapprocher les uns des autres. Si nous avons rompu les liens avec quelqu’un, efforçons-nous de les rétablir. Si nous avons blessé une personne, demandons-lui pardon. Si quelqu’un est seul, rendons-lui visite. Si des tensions existent au sein de la famille, faisons de cet Aïd le point de départ de la réconciliation.

Ne laissons pas les disputes, la médisance, les excès ou la rivalité ternir la joie de l’Aïd. Ne mesurons pas la valeur de cette fête au prix des vêtements, à l’abondance des plats ou au nombre de photos publiées. La véritable valeur de l’Aïd se mesure à la gratitude du cœur, à l’acceptation de nos actes d’adoration, aux aumônes que nous avons offertes et à la joie que nous avons apportée dans la vie des autres.

Réjouissons-nous, mais sans dépasser les limites fixées par Allah.

Célébrons cette fête, mais sans négliger la prière.

Profitons des bienfaits d’Allah, sans jamais oublier Celui qui nous les accorde.

Rendons visite aux gens, en pensant particulièrement à ceux que l’on visite rarement.

Partageons la viande du sacrifice, mais partageons aussi une bonne parole, un sourire, un pardon et une invocation.

Que notre joie de l’Aïd soit pure, équilibrée et empreinte de dignité. Qu’elle laisse derrière elle de la gratitude, de la réconciliation et de bonnes œuvres, plutôt que des regrets et des cœurs blessés.

Nous implorons Allah, le Très-Haut, d’accepter nos actes d’adoration, nos invocations et nos sacrifices. Nous Lui demandons d’améliorer nos relations mutuelles, de raffermir nos familles, d’apporter la joie aux affligés, de guérir les malades et de venir en aide à tous ceux qui sont dans le besoin.

Nous Lui demandons de faire de notre joie une expression de gratitude, de notre gratitude un acte d’adoration, et de faire de notre Aïd un jour de proximité, de pardon et de fraternité.

Aïd Moubarak !

(Khoutba centrale de l’Aïd al-Adha du Chef de culte Hafiz Hilmija Redžić du 27 mai 2026 dans le Hall polyvalent de Dudelange organisé par le Centre islamique « Ihsan »)