Khoutba centrale : « Les degrés et les formes de la patience (sabr) »
Lorsque nous parlons de sabr, nous parlons du fondement de la stabilité spirituelle. Le sabr n’est pas une simple résignation, mais l’acceptation consciente du décret d’Allah et la discipline dans le respect de Ses limites. C’est une force qui se manifeste dans les choix quotidiens, au moment de l’épreuve et dans le combat contre soi-même.
Le sabr peut être compris à travers trois formes essentielles.
La première forme est la patience dans l’accomplissement de ce qui est ordonné. C’est la persévérance dans l’adoration et les bonnes actions, même lorsque l’âme ressent de la fatigue et que les circonstances ne sont pas favorables. Le Très-Haut dit :
« Et ordonne à ta famille d’accomplir la prière et persévère toi-même dans son accomplissement. Nous ne te demandons point de subsistance : c’est Nous qui te nourrissons. Et la bonne fin sera pour la piété. » (Ta-Ha, 132)
Abdullah ibn Mas‘oud était connu pour se lever à la prière nocturne même dans l’extrême fatigue, disant : La prière de la nuit est la joie du cœur et le remède de l’âme, et le sabr en est la clé.
La deuxième forme est la patience dans l’abandon de ce qui est interdit. C’est la lutte contre ses passions et l’évitement de ce qui corrompt le cœur et les œuvres. Allah dit :
« Quant à celui qui aura craint de comparaître devant son Seigneur et aura préservé son âme des passions, le Paradis sera alors son refuge. » (An-Nazi‘at, 40-41)
Un exemple de cela est le Prophète Youssouf (que la paix soit sur lui) qui, tenté par l’épouse du gouverneur d’Égypte, s’écria :
« Seigneur, la prison m’est préférable à ce à quoi elles m’invitent. » (Youssouf, 33)
Cet exemple a inspiré beaucoup de croyants des premières générations qui ont préféré perdre des avantages terrestres plutôt que de tomber dans le péché.
La troisième forme est la patience face aux épreuves. C’est l’accueil du décret divin avec confiance, sans plainte. Allah dit :
« Très certainement, Nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim, de perte de biens, de vies et de fruits. Et fais la bonne annonce aux endurants, qui disent, quand un malheur les atteint : Nous appartenons à Allah et c’est à Lui que nous retournons. Voilà ceux sur qui descendent des bénédictions de leur Seigneur ainsi que la miséricorde ; et ceux-là sont les bien-guidés. » (Al-Baqara, 155–157)
Lorsque le fils du Prophète ﷺ, Ibrahim, mourut, le Prophète pleura et dit :
« Les yeux versent des larmes, le cœur s’attriste, mais nous ne dirons que ce qui satisfait Allah. » (Rapporté par Boukhari et Mouslim)
Ibn al-Qayyim a dit : Le sabr dans l’accomplissement des obligations est plus méritoire que le sabr dans l’abandon des interdits, car Allah préfère l’accomplissement du bien au simple fait de délaisser le mal. (Madarij as-Salikin, 2/116)
Al-Hassan al-Basri disait : Le sabr est un trésor de bienfait qu’Allah ne donne qu’à celui qu’Il aime.
‘Umar ibn ‘Abd al-‘Aziz disait : Toute bénédiction nécessite le sabr pour être préservée, et toute épreuve nécessite le sabr pour être supportée.
Ibn Mas‘oud disait : Le sabr est la moitié de la foi, et la gratitude en est l’autre moitié.
‘Ali ibn Abi Talib disait : Le sabr est la tête de la foi ; celui qui n’a pas de sabr n’a pas de foi.
Sahl ibn ‘Abdallah at-Tustari disait : Le sabr, c’est attendre le soulagement tout en préservant sa langue de la plainte et son cœur du doute.
Lorsque Bilal ibn Rabah fut torturé sur le sable brûlant de La Mecque, avec une pierre sur la poitrine, il répétait seulement : Ahad, Ahad – L’Unique, L’Unique. Son sabr n’était pas passif, mais une résistance dans l’obéissance à Allah.
Lorsque Khadidja (qu’Allah l’agrée) vit le Prophète ﷺ bouleversé après sa première rencontre avec Jibril, elle lui dit des paroles de réconfort : Par Allah, jamais Allah ne t’abandonnera : tu entretiens les liens familiaux, tu aides les nécessiteux, tu accueilles les hôtes et tu soutiens ceux qui sont frappés par l’épreuve. Ses paroles furent un exemple de sabr dans le soutien.
Lorsque ‘Abdallah ibn az-Zubayr fut assiégé à La Mecque, il refusa de se rendre en disant : La mort avec dignité vaut mieux que la vie dans l’humiliation. C’était un sabr sur le chemin de la vérité, bien qu’il sût que le martyre l’attendait.
Aujourd’hui, beaucoup peuvent facilement éviter certains péchés, mais peinent à garder la constance dans les bonnes œuvres. Le sabr le plus précieux est désormais celui qui nous pousse à chaque matin et chaque soir à accomplir ce qu’Allah aime : persévérer dans la prière, la lecture du Coran, la bienfaisance envers autrui et l’engagement pour le bien commun, sans excuses. Allah dit :
« Ô vous qui croyez ! Soyez endurants, rivalisez de sabr, soyez fermes et craignez Allah afin que vous réussissiez. » (Al ‘Imran, 200)
(Khoutba centrale du chef de culte Hafiz Hilmija Redžić du 8 août 2025 au Centre Culturel Islamique Nordstad à Diekirch)