Être solidaire et coopératif face à la crise: le message coranique d’une fourmi (1)

Au Nom de Dieu le Tout Clément, le Très Miséricordieux.

Louange à Dieu, le Seigneur du Monde, et la Prière et le salut soient sur Son Prophète,

Assalam’Alikom chers frères et sœurs,

La vie en société n’est pas une caractéristique des seuls êtres humains. Nous partageons avec les fourmis, les abeilles et des milliers d’autres espèces des formes d’interactions constituant une véritable organisation sociale, avec des règles de vie commune, une réelle division du travail, des rituels de communication, des conduites sociales d’altruisme et d’entraide. L’historien Jules Michelet auteur de l’ouvrage « Insecte » interpellait les lecteurs au sujet de la complexité des formes de vie sociale de certains insectes, qui même avec un cerveau aussi rudimentaire que celui des fourmis, suscitent une réflexion sur la nature de l’intelligence, individuelle ou collective et incitent à la méditation sur le néant et l’infini. Il n’est alors pas étonnant que les titres de chapitres entiers du Coran portent des noms d’animaux (« Les fourmis », « Les abeilles », « L’éléphant », « La vache », « L’araignée », etc…) et que le Coran en cite d’autres dans certains de ses passages (chien, poisson, corbeau, sauterelles, chevaux, etc…). Le Coran s’appuie même sur des métaphores de l’animal (mouche, âne, lion, papillons) : « Dieu ne répugne nullement à prendre pour exemple un moustique ou tout être, aussi grand soit-il. » (S.2, V.26).

Le mimétisme comportemental de l’animal est fréquent chez les humains, car c’est par ce mimétisme que le fils d’Adam, Kâbîl (Caïn) – après avoir regretté l’assassinat injuste de son frère Abel – acquiert le rite funéraire : « Puis Allah envoya un corbeau qui se mit à gratter la terre pour lui montrer comment ensevelir le cadavre de son frère. Il dit : « Malheur à moi ! Suis-je incapable d’être, comme ce corbeau, à même d’ensevelir le cadavre de mon frère ? » Il devint alors du nombre de ceux que ronge le remords. » (S.5, V. 30-31).

A l’épreuve du coronavirus, nous avons estimé utile et nécessaire de céder la parole à une fourmi pour nous interpeller à l’aune de cette crise. En effet, le Prophète Salomon – que la prière et le salut soient sur lui – lui-même n’a pas hésité à exprimer son admiration et son étonnement de l’ingéniosité de cette fourmi face au danger : « …Ces paroles (de la fourmi) firent sourire Salomon qui dit : Seigneur ! Permets-moi de rendre grâce des bienfaits dont Tu nous as comblés, mon père, ma mère et moi-même. Fais que toutes mes actions Te soient agréables et admets-moi, par un effet de Ta Grâce, parmi Tes saints serviteurs.» (S.27, V.19).

Nous proposons alors d’analyser son discours et d’en tirer les moralités à l’aune de la crise actuelle, pour apprendre modestement de sa sagesse et nous inspirer humblement de sa perspicacité. Une fourmilière est une collectivité solidaire au sein de laquelle les fourmis coopèrent pour s’occuper de leur reine, nourrir les larves de la colonie, trouver et transporter la nourriture, etc.

Essayons alors sans tarder de plonger dans la méditation d’un tel discours porteur de sens et de sagesse : « Les armées de Salomon composées de djinns, d’hommes et d’oiseaux furent rassemblées et placées en rangs devant lui. Et lorsqu’elles arrivèrent à la vallée des fourmis, l’une de celles-ci s’écria : « Ô fourmis ! Regagnez vos demeures de peur que Salomon et ses armées ne vous écrasent sans s’en apercevoir. » (S.27, V.18,19).

A la lecture de ce message concis, fort éloquent, source d’inspiration et de méditation, nous pouvons dégager les enseignements suivants :

 

  1. La première leçon : le souci de la collectivité et de l’intérêt général au détriment de l’intérêt particulier et de l’esprit partisan.

En temps de crise, surgissent la peur du délitement du lien social et l’angoisse de la fissure du tissu familial. Quand cette fourmi a senti le danger imminent, elle a interpellé l’ensemble des autres fourmis sans aucune distinction : « Ô fourmis ! ». Face au danger généralisé, elle ne s’est pas contentée d’alerter uniquement les fourmis les plus proches de sa tribu, ni même d’essayer d’exclure d’autres fourmis avec qui elle aurait été éventuellement en désaccord, privilégiant ainsi l’esprit du groupe.

La recherche en psychologie sociale, nous montre que nous sommes des êtres d’appartenance, dotés d’une identité sociale qui fait la fierté et la cohésion de notre groupe. Lorsque cette identité sociale est menacée sur le plan réel ou symbolique, les gens développent des stratégies de défense collective pour renforcer leur cohésion sociale, et développer une solidarité interindividuelle. Car c’est en collaborant, en travaillant ensemble, pour un seul but que les conflits cesseront. En temps de crise, nous sommes face à une épreuve collective où le danger imminent n’exclut personne : « Et craignez une calamité qui n’affligera pas exclusivement les injustes d’entre vous. » (S.8, V.25). Au-delà des slogans et des discours, la crise doit nous enseigner à vivre ensemble, même avec des intérêts contradictoires, des passions parfois discordantes.  Les périodes de crise doivent nous apprendre à nous élever pour délaisser nos querelles individuelles, nos divergences politiques, nos débats théologiques et nos désaccords idéologiques. Extirpons-nous de nos retranchements identitaires, renonçons à nos égoïsmes individuels et acceptons de « laisser en dehors nos passions, nos sympathies, nos haines, nos intérêts privés, nos parentés, nos ambitions, nos considérations de personnes  » !

Avec certains modes actuels d’éducation, à l’ère de l’individualisme ambiant, nous avons négligé ces valeurs d’entraide mutuelle, le souci de l’autre et la solidarité intergénérationnelle pour céder la place à la compétition, à la jalousie, à la convoitise et à la désaffiliation sociale. En retraçant l’histoire de la citoyenneté de l’Antiquité à nos jours, la sociologue Dominique Schnapper met en exergue que la citoyenneté, comme l’utopie de l’égalité de tous les citoyens, se heurtent aux mêmes réalités : l’affirmation de l’individualisme, la montée des revendications en faveur de droits subjectifs, le caractère plus que jamais multiculturel des populations… Chacun en est arrivé à défendre, même inconsciemment, ses uniques intérêts, oubliant que l’union et l’entraide, la solidarité ont fait la force, la cohésion sociale de sociétés et d’époques à présent révolues. Le Prophète Mohammed – que la prière et le salut soient sur lui – nous donne cette belle métaphore de la société comme un seul corps physique : « …si un membre du corps souffre, le corps entier sombre dans la fièvre et l’insomnie » ! Une société harmonieuse suppose, outre un bon fonctionnement de ses institutions, des citoyens vertueux au sens philosophique et spirituel du terme, c’est-à-dire courageux, honnêtes, attachés à l’intérêt général !

Être soucieux de l’intérêt général, c’est être intègre, honnête et authentique en luttant contre l’égoïsme, l’opportunisme et le dogmatisme ! Être soucieux de l’intérêt général, c’est aussi n’éprouver aucun complexe à composer avec tout le monde, en tirant le meilleur parti de chacun ! Être soucieux de l’intérêt général, c’est être toujours coopératif, opérationnel et efficace en tout temps et en tout lieu !  Méditons sur cette attitude de Moïse – que la prière et le salut soit sur lui – qui demande sans aucune gêne le soutien de son frère comme collaborateur pour pallier à son manque d’éloquence et de maitrise de la langue des égyptiens : « Mais Harun (Aaron), mon frère est plus éloquent que moi. Envoie-le donc avec moi comme auxiliaire pour déclarer ma véracité : je crains vraiment qu’ils ne me traitent de menteur » (S.28, V.34) ! Un combat ne se gagne pas seul, mais se gagne avec l’effort, la construction et l’apport de toutes les énergies vives d’une société ! Donc, il faut s’unir et faire preuve de solidarité, d’entraide et d’empathie pour faire face à la menace du groupe.

Depuis son avènement, l’Islam cultive cette culture de « l’intérêt général », en exhortant les croyants à respecter les lieux publics (ne pas y uriner, ne pas troubler l’ordre public, respecter les règles de la rue, ne pas dégrader les biens publics, etc…) au point que le simple geste consistant à débarrasser la voie publique des obstacles est considéré comme un acte de foi : « Et le fait d’enlever les obstacles du chemin des gens est une aumône » disait le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui. Dans cette perspective, nos savants ont théorisé ce principe de « Maslaha A’a’mma » (intérêt général) qui prime systématiquement sur « Masalaha Khassa » (intérêt particulier) pour en faire un principe d’arbitrage dans la fatwa (avis théologique) en cas de conflits d’intérêt.  Dans ce sens, rappelons-nous que tous les actes d’adoration constituant un service d’intérêt général (aide à la personne, soulagement des souffrances, hospitalité, etc…) sont valorisés en termes de récompense divine par rapport aux actes profitant à leurs seuls auteurs. En effet, l’Islam a accordé une place particulière aux actes d’utilité publique, profitant à la collectivité, comme le système de Waqf : un système financier de legs comparable à une forme d’Economie Sociale et Solidaire. Le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui disait : « Si l’être humain meurt, son action sera interrompue sauf trois choses : une aumône permanente, un savoir utile, un enfant pieux qui invoque Dieu pour lui ». Ces trois champs d’investissement sont, entre autres, l’illustration parfaite de ce qu’est le développement durable, système d’échanges profitant à tout le monde, à savoir :

  • L’aumône permanente qui inclut toutes les formes de bienfaisance à l’égard d’autrui, dont par exemple, la construction de puits, d’écoles, d’hôpitaux, de maisons de retraite, d’orphelinats, etc…
  • La connaissance, qui intègre tout le champ de l’enseignement, de la formation et de la transmission du savoir.
  • L’éducation, qui inclut l’aide à la parentalité pour assurer une bonne éducation aux enfants.

Quelle amertume de voir certains, au moment de la crise, bâtir sans aucun scrupule leur gloire personnelle, redorer narcissiquement leur image sur le malheur des autres ! Quelle honte de profiter de la crise pour s’enrichir au détriment des plus fragiles et des plus démunis ! C’est pour ces raisons, que l’Islam a interdit de spéculer sur les produits de première nécessité, en profitant de l’angoisse des gens : « Ne spécule qu’un grand pécheur » disait le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui ! Apprenons de l’attitude digne de Moïse – que la prière et le salut soient sur lui : « Il abreuva les bêtes pour elles (les filles) puis retourna à l’ombre et dit : « Seigneur, j’ai grand besoin du bien que tu fais descendre sur moi. »  (S.28, V.24) ! Quelle attitude digne ! Il accomplit son devoir d’aide sans aucune attente d’une compensation ou une contrepartie – à part la récompense divine – et il reste dans l’ombre ! Nous avons besoin de ces hommes et femmes discrets, travaillant dans l’ombre, à l’image de « quelqu’un marchant dans le sable : tu n’entends pas les bruits de ses pas, mais tu vois les traces de ses pas » ! La crise sanitaire mondiale du Coronavirus a remis sur le devant de la scène ces gens de l’ombre, de l’aide à la personne (personnels soignants, de nettoyage, transport, etc…) qui se sont toujours sacrifiés pour l’intérêt commun et se sacrifient encore plus aujourd’hui pour sauver des vies et pour préserver notre bien commun, courant eux-mêmes le risque d’être contaminés ! Malheureusement, la société a accordé beaucoup d’importance à celles et à ceux qui se soucient plutôt de leur image, de leur renommée ou de leur gloire face à un public devenu majoritairement spectateur passif, obnubilé par ses stars et ses idoles du moment !

Il est venu le moment pour la société de faire un examen de conscience scrupuleux et de mener une révolution culturelle pour placer l’humain au cœur de la réforme sociale ! Il est venu le moment de valoriser socialement des métiers qui jusqu’alors ont été relégués au bas de l’échelle sociale, dévalorisés et déshumanisés sous le poids de la pression économique et du profit matériel, malgré l’abnégation, la dignité et le courage de ces hommes et de ces femmes qui ont fait du service et de la relation d’aide un choix professionnel, voire un choix de vie pour certain(e)s !

Enfin, dans ce monde actuellement en arrêt, marqué par la crainte, l’angoisse, alimentant le rejet de l’autre et le repli sur soi, nous avons impérativement besoin de tisser des liens, des rencontres entre citoyens !

Dans ce monde moderne globalisé, que l’on se sente religieux, agnostique ou athée, nous sommes héritier de la même humanité et nous partageons pour la première fois dans l’Histoire un destin commun, des périls communs. Même si nos approches, nos chemins, nos univers de sens sont divers et variés, il n’empêche que le destin de l’humanité, son bonheur et son épanouissement sont les préoccupations essentielles de 7 milliards d’individus. Pensons entre autres, aux défis économiques, écologiques et éducatifs après ce drame du Coronavirus ! Car si chacun campe sur ses privilèges de classe, ses acquis personnels ou ses positions dominantes au détriment de l’intérêt général, le destin collectif est mis en péril, ce qui conduira inévitablement à une hécatombe humaine et sociale. Nous avons déjà souligné, lors d’un précédent article, cette métaphore prophétique de la société à l’image d’un navire au milieu des flots marins : les vagues ne cessent de secouer notre destin commun. Faire preuve d’unité, de coopération et de solidarité permet de sauver notre bien commun.

Immergés dans notre quotidien, enfermé dans nos rythmes, nos habitudes, nos modes de consommation et notre confort personnel, nous devons tous et toutes réapprendre à faire société ! Nous devons apprendre de cette période, réactualiser le respect, l’empathie, la réciprocité, le respect de soi et le souci du groupe ! Nous avons jusqu’ici évoqué intensément la « liberté » et « l’égalité », faisant abstraction du ciment de « la fraternité », à savoir la « coopération plutôt que la compétition », la solidarité plutôt que l’égoïsme, l’intérêt général plutôt que l’intérêt particulier !

Cette fraternité – si je reprends un langage physicien – est « la variable d’ajustement » de la paix sociale en temps de crise. Dans ce contexte, notre responsabilité est double : allons-nous léguer à nos enfants une société déchirée par des conflits, pervertie par les préjugés et la recherche du profit ou allons-nous plutôt laisser aux générations futures un espace serein pour construire une société plus juste, plus fraternelle, plus humaine qui donne à chacun(e) sa place ?

Il est venu le moment de retricoter notre tissu sociétal déchiré par les conflits partisans, de cicatriser la plaie béante de la fracture sociale et de la stratification ethnique !

En de nombreux endroits, sur les réseaux sociaux, les échanges prenant des formes différentes d’expression se multiplient !  En de multiples occasions, nous assistons à des élans de solidarité et de générosité : entre voisins, entre générations, entre associations… Des personnes, des entreprises, des associations mettent leur talents (artistiques, culturels, religieux, techniques, organisationnels…) au service d’autrui pour aider à supporter le confinement, la maladie, le deuil…

De la nature, des connaissances, des opportunités culturelles, des visites artistiques, des opportunités de méditation, de réflexion sur soi et le monde, etc… sont offertes, gracieusement à ceux qui ont la chance de bénéficier d’internet. Nous espérons sortir plus sages, plus altruistes, grandis de cette catastrophe car partout et dans de nombreux domaines, bien plus fortes que l’individualisme matériel et le libéralisme économique, fleurissent des initiatives généreuses à l’effet boule de neige.

Espérons que cette crise nous amène à prendre conscience de la valeur de toute vie humaine, à désirer fortifier les liens familiaux et sociaux, à prendre le temps de nous occuper enfin de nous, à prendre le temps de vivre l’essentiel.

 

Par Dr. Rabie FARES, Chef de Culte Musulman au Grand-Duché de Luxembourg

Quelle attitude face à la crise sanitaire : vers un confinement spirituel et éducatif !

Mes chers frères, mes chères sœurs, mes chers amis,

Je m’adresse solennellement à vous en ce début du mois de Châ’abane ! Nous ressentons à présent l’odeur spirituelle de Ramadan ! Nos cœurs frémissent de joie au retentissement de nos âmes pour accueillir ce mois béni doté d’une place particulière dans l’esprit des Musulmans ! Que Dieu bénisse ce mois et nous accorde l’opportunité d’atteindre le Ramadan sans en être privés dans nos mosquées ! Mais il n’y aura que ce que Dieu Tout-Puissant a décidé !

Tout le monde mesure la gravité de la situation sanitaire que traverse actuellement le monde entier. Dans notre Grand-Duché au Luxembourg, le dernier bilan officialisé par le Ministère de la Santé fait état de 1605 infections, ce qui est beaucoup au niveau européen proportionnellement au nombre d’habitants. Néanmoins, la bonne nouvelle, c’est que le nombre de décès stagne depuis deux semaines à 15 morts. Que Dieu, Le Tout Clément préserve le pays et l’épargne de tout malheur.

En ce moment, en notre nom à tous en tant que communauté musulmane, nous exprimons nos sincères condoléances aux familles endeuillées, ainsi qu’à leurs proches et nous demandons à Dieu de guérir les malades !

Je tiens à rendre hommage au courage, à l’abnégation et au dévouement de nos médecins, infirmiers, urgentistes, ambulanciers, pompiers, agents de police, aux caissiers et caissières, aux agents de sécurité et de nettoyage, aux éboueurs, aux personnels funéraires, aux chauffeurs de transports en commun et tant d’autres…

Je salue également le rôle des ministres, des enseignants, des chercheurs, des travailleurs sociaux, parmi lesquels éducateurs et psychologues, les ministres de culte parmi lesquels nos imams et les autres responsables religieux des autres confessions pour leur rôle d’éclairage, de conseil et d’accompagnement des gens en détresse.

Toute cette armée invisible, qui se mobilise au quotidien et qui travaille dans l’urgence et souvent dans des conditions difficiles fait la fierté de notre pays et mérite notre respect, notre admiration et notre reconnaissance ! Ces personnes se mettent souvent en danger au détriment de leur famille, de leur sommeil pour œuvrer au quotidien pour notre santé, notre bien-être !

Que Dieu leur vienne en aide.

Nous ne sommes qu’au début de cette épidémie qui s’accélère et s’intensifie selon les pays. Mais nous pouvons traverser cette épreuve collective dignement, par la Grâce de Dieu, si nous faisons preuve de responsabilité, de solidarité et d’entraide ! Nous sommes tous dans ce navire au milieu d’une mer, dont les vagues gigantesques ne cessent de secouer notre destin ! Sommes-nous capables d’assumer collectivement nos responsabilités, d’être à la hauteur des enjeux de la situation afin de permettre à ce navire d’arriver à bon port en toute sécurité ? Ou allons-nous nous hasarder, nous suicider collectivement et faire couler le navire ? Nous sommes à l’épreuve de l’Histoire ! Notre Prophète Muhammad – que la prière et le salut soient sur lui – décrit parfaitement la situation que nous vivons avec cette belle métaphore : «  …parmi ces gens qui tirent au sort pour se réserver des places à bord d’un bateau, certains obtiennent l’étage supérieur et d’autres vont à l’entrepont. Lorsque ces derniers ont besoin d’eau, ils doivent nécessairement passer par le pont supérieur. Alors, afin de ne pas déranger ceux de l’étage supérieur, ils suggèrent de creuser un trou dans leur partie du bateau. Et si ceux de l’étage supérieur les laissent faire, tout le monde fera naufrage ; au cas contraire tout le monde sera sain et sauf ».

En effet, cette calamité va révéler notre capacité de résilience collective, d’empathie affective et de solidarité effective ! Sommes-nous capables d’oublier nos querelles, être soudés et solidaires ?

 

Mes frères et sœurs,

Mon premier conseil de base, que vous ne cessez d’entendre ces derniers jours de différentes façons est : « Restons chez nous » ! Ce confinement est à la fois une obligation religieuse et un devoir citoyen, car il s’agit de préserver la vie sacrée en Islam : « …. Quiconque sauve une vie, c’est comme s’il a donné vie à l’humanité entière. » (« La table servie » – S.5, V.32) ! On ne peut en aucun cas par insouciance, maladresse ou ignorance mettre sa vie et celle des autres en danger ! Agissons donc avec responsabilité et rejoignons nos demeures !

Je vous annonce cette bonne nouvelle pour toute personne qui reste confinée chez elle en ce moment, tout en faisant preuve de courage, de persévérance et de patience : elle est considérée comme un martyr même si elle ne meurt pas ! Le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – a dit dans un Hadith authentique rapporté par Al Boukhari : « Toute personne, au moment de l’arrivée de la peste, qui reste chez elle en faisant preuve de patience et d’endurance, sait que rien ne la touchera à part ce qu’Allah a décrété pour elle, Allah lui donnera la récompense d’un martyr ». Alors, faisons de ce confinement un moment pour grandir spirituellement, nous élever intellectuellement et mûrir humainement ! Acceptons ce confinement dans la joie, la sérénité et la paix ! L’Imam Malek – que Dieu lui accorde miséricorde – dit : « La demeure du croyant est son paradis » et en rentrant chez lui, il disait à chaque fois la formule à prononcer quand on admire une chose : « MachaAllah, la Qowata illa biAllah » (« Telle est la Grâce d’Allah ! Il n’y a de puissance que par Allah ») ! Nous devons (ré)apprendre à ressentir ce bonheur d’être chez soi, de déguster le plaisir de la proximité familiale, la joie de compagnie de nos enfants, de notre conjoint ! Profitons de chaque moment, de chaque instant pour travailler, prier, lire, écrire, nous reposer ! Faisons de ce confinement spirituel et éducatif un meilleur tremplin pour méditer, contempler et invoquer ! Nous avons tant de négligences à l’égard de notre Créateur à corriger, tant de manquements dans nos devoirs familiaux à réparer, tant de vide spirituel à combler, tant de besoins intellectuels et spirituels à assouvir ! Donc, regardons-nous dans le miroir de notre conscience ! Inspectons nos intentions ! Prenons le temps pour ménager l’espace de notre intériorité !

 

Mon deuxième conseil :

Soyons plus lucides, plus mesurés et plus mûrs lors de cette crise ! Cessons de propager des rumeurs et les Fake News sans discernement ! Arrêtons de propager des fausses informations sans connaître leurs sources, ni étayer leurs arguments ! Soyons plus sérieux et plus responsables car à l’ère de la télécommunication, « le mensonge peut faire le tour de la terre, le temps que la vérité mette ses chaussures » comme disait l’un des sages ! Donc, vérifions la source et la fiabilité de nos informations conformément à l’enseignement coranique : « Ô croyants ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez-en la teneur, de crainte que vous fassiez du tort à des innocents par inadvertance et d’en éprouver ensuite des remords » (Sourate « Al-Hujurât », Les appartements, S.49, V.6) ! Donc, face à la surinformation en permanence en ce moment de crise, faisons le tri, gardons l’essentiel et fixons des limites ! Le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – dit : « Il n’y a pas de mensonges pires que de rapporter aveuglément ce qu’on entend » !

Ne participons pas à véhiculer des informations de nature à déstabiliser les gens, à nourrir l’angoisse généralisée et à alimenter la peur collective ! Sachant, qu’il y a parmi nous des gens fragiles psychologiquement et d’autres plus vulnérables ou faibles physiquement ! Dieu nous met en garde contre cette attitude précipitée et pressée : « Et si une nouvelle leur est parvenue sécurisante ou faisant peur, ils ne se gênent pas pour la propager aussitôt. Et s’ils s’étaient référés au Prophète et aux gens du savoir, ils auraient su l’extraire de sa source » (Sourate « An-Nisâ’ », Les femmes, S.4, V.83) ! Donc, évitons de spéculer sur les domaines qui ne relèvent pas de nos compétences et demandons aux gens de la connaissance et du savoir ! Ayons la bonne attitude, celle de nous référer aux experts et aux personnes plus compétentes, dans tous les domaines religieux, médicaux, politiques, sociaux : « Et interrogez les gens du savoir si vous ne savez pas » (Sourate « Al Anbiyâ’ », Les Prophètes, S.21, V.7) ! Ne devenons pas des enquêteurs apprentis, des pseudo-analystes et des religieux auto-proclamés ! Observons, analysons et relativisons ! Et gardons-nous de toute opinion arrêtée et de toute position figée !

 

Mon 3ème conseil :

Soyons plus optimistes, plus paisibles et plus sereins ! Nous sommes surexposés aux informations catastrophiques qui nous parviennent du monde entier, ce qui génère des angoisses et des peurs irrationnelles ! La peur brise notre force de réflexion et paralyse notre capacité d’action ! Elle est mauvaise conseillère et encore plus contagieuse ! Dissipons alors cette peur par la confiance en Dieu : « Dis : rien ne nous atteindra, en dehors de ce qu’Allah a prescrit pour nous. Il est notre Protecteur. C’est en Allah que les croyants doivent placer leur confiance » (Sourate « At-Tawbah », Le repentir, S.9, V.51) ! Redonnons aux gens de l’espoir, de l’espérance et de la confiance ! Le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – préconisait la conduite exemplaire à manifester lors de la visite d’un malade en fin de vie : « Si vous rendez visite à un malade, donnez-lui l’espoir de vivre plus longtemps, car cela ne changerait en rien dans le destin d’Allah ». En d’autres termes, c’est comme si le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – nous disait implicitement : « Qu’est-ce qui vous empêche de semer l’espoir dans le cœur des gens dans la mesure où vos pronostics quant à l’avenir ne changeraient en rien la réalité des choses ? ».

En ce moment de crispation, les gens ont besoin d’une attitude bienveillante et compatissante, incitant la méditation, invitant à l’introspection et à l’autoévaluation : le Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – disait : « Rassurez et ne faites pas paniquer et repousser les gens » ! Je m’adresse particulièrement aux responsables religieux, parmi lesquels imams et prédicateurs : ne produisons pas un discours religieux apocalyptique culpabilisant, trop moralisateur et frustrant ! Beaucoup de prédicateurs n’hésitent pas à dramatiser la crise et à la qualifier de façon de façon simpliste, comme émanant de la colère et de la vengeance divine, apportant ainsi de la confusion ! Usons – dans nos propos –  de nuance, de finesse et de justesse ! Les compagnons du Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – ont accueilli la pandémie de la peste comme une forme de miséricorde et non comme un châtiment divin, comme l’illustrent plusieurs de leurs attitudes à l’époque ! Si cela avait été le cas, pourrait-on se permettre de qualifier le décès de nombre de compagnons lors de cette épidémie de peste de châtiment divin ?

Ouvrons aux gens la porte de la Miséricorde divine, mobilisant les gens à l’action utile, au lieu de les condamner à vivre ce moment dans la frustration ! Les gens ont besoin d’une parole douce, tendre et rassurante : « Et dites-lui des paroles douces (Sourate « Tâ-Hâ », S.20, V.44) ! Les gens ont besoin de propos justes, utiles et éclairants : « Ô croyants ! Craignez Allah et tenez des propos justes, afin qu’il améliore vos actions et vous pardonne vos péchés » (Sourate « Al-Ahzab », Les coalisés, S. 33, V. 70-71).

Ayons à l’esprit cette belle parabole coranique : « N’as-tu pas vu comment Allah propose en parabole une bonne parole, pareille à un bel arbre dont les racines sont profondes (se fixent solidement dans le sol) et dont la ramure s’élance vers le ciel, en produisant, par la Grâce de son Seigneur, des fruits à tout instant » (Sourate « Ibrahim », S.14, V.24-25).

 

Mon 4ème conseil :

Soyons plus solidaires et plus humains. Pensons aux plus fragiles, et aux plus démunis ! Les actes de bienfaisance, de bienséance et de clémence sont énormément récompensés par Dieu – soit-Il Exalté – surtout en ce moment difficile ! Dieu a dit : « Et ils se conseillent mutuellement l’endurance et la clémence » ((Sourate Al-Balad , S90, V17).  Et sachons comme le dit notre Prophète – que la prière et le salut soient sur lui – que : « Le meilleur des gens est celui qui est le plus utile pour l’humanité ». Et il dit : « Et celui qui dissipe une angoisse de quelqu’un, Allah le délivrera de l’angoisse du Jour du Jugement ».

Ayons une pensée pour toutes les personnes vivant dans l’isolement, dans la précarité et dans la pauvreté, pour les sans-abris…

 

Mon dernier conseil :

Méditons sur les bienfaits indénombrables de Dieu sur nous ! Avons-nous ressenti la valeur de Ses Bienfaits, la faveur de Ses Dons et la largesse de Sa Générosité ? :  « Et Il vous a accordé tout ce que vous Lui avez demandé. Et si vous comptiez les bienfaits d’Allah, vous ne sauriez les dénombrer. L’homme est vraiment très injuste, très ingrat. » (Sourate « Ibrahim », S.14, V.34) ! Le Prophète – que la prière et le salut soient sur Lui – disait : « Celui d’entre vous, qui se réveille le matin, en sécurité parmi les siens, ne souffrant dans son corps d’aucun mal et possédant la nourriture de sa journée, c’est comme si l’on avait amassé pour lui tous les biens de ce monde ».

Reconnaissons la valeur de ce qu’Il nous a octroyé et exprimons notre gratitude et notre reconnaissance envers Celui qui nous a créés et qui nous aime ! Portons nos louanges les plus sincères envers Lui, matin et soir : « Et lorsque votre Seigneur proclama : « Si vous êtes reconnaissants, très certainement, j’augmenterai mes bienfaits pour vous » (Sourate « Ibrahim », S.14, V.7) !

Dégustons cet appel divin, surtout en ce moment de détresse : « Pourquoi Allah vous infligerait-Il un châtiment si vous êtes reconnaissants et croyants ! Allah est Reconnaissant et Omniscient » (Sourate « An-Nisaâ’ », Les femmes, S.4, V. 147).

Enfin, je finis avec ce beau conseil prophétique : « Garde ta langue, confine- toi dans ta demeure et pleure sur tes péchés ».

  • « Garde ta langue » : arrête de propager les fake News.
  • « Confine-toi dans ta demeure » : reste chez toi.
  • « Et pleure tes péchés » : prie et invoque Dieu.

Que Dieu délivre l’humanité de cette épreuve, pardonne nos péchés et nous protège tous.  Amine.

 

Dr. Rabie Fares
Chef de Culte Musulman au Grand-Duché de Luxembourg

Message d’espoir du chef de culte dans le contexte de crise de coronavirus

Chers Présidents,
Chers Imams,
Chers responsables religieux,
Chers frères et sœurs,

Nous vivons depuis quelques semaines une situation inédite dans l’Histoire à l’échelle de la planète. Depuis un siècle, nous n’avons encore jamais connu une telle pandémie sanitaire mondiale qui ravage des vies chaque jour dans tous les continents. L’Europe devient désormais l’épicentre du virus. Cette crise sans précédent a commencé à transformer radicalement nos habitudes de consommation, de travail et même de pratique de notre culte. Nous avons besoin alors de réacquérir des réflexes, de réapprendre des méthodes, de développer des attitudes pour mieux vivre ce temps de crise. Retrouver ces gestes et ces attitudes peut bousculer nos habitudes et transformer notre quotidien. Selon tous les spécialistes, la situation est grave : il convient de tout mettre en œuvre pour préserver la vie humaine, âme chère auprès du Divin, en évitant tout contact pouvant transmettre ce virus qui se propage rapidement et notamment lors des rassemblements.

Les images qui nous parviennent de Chine, d’Italie et d’Espagne sont effrayantes. Ce scénario catastrophique – qu’Allah nous en préserve – peut arriver à n’importe quel moment, dans n’importe quel pays, si les gens n’agissent pas avec le sens du devoir et de leur responsabilité individuelle. Comment un virus, créature si minuscule, peut-il menacer l’humanité entière ? Nous constatons que c’est la Puissance d’Allah, qui s’exprime avec toute Sa Force, Son Pouvoir et Son Omnipotence pour révéler notre fragilité, notre faiblesse, notre petitesse et parfois même notre inconsistance : « Et Il est le Dominateur Suprême sur Ses Serviteurs. Et Il envoie sur vous des gardiens » (Sourate Les bestiaux, « Al’An’âm », Sourate 6, Verset 61).
Quelle tristesse de voir l’affolement des gens dans les supermarchés, le confinement d’autres dans leurs demeures et le surpeuplement des hôpitaux. En tant que croyants, nous n’avons jamais imaginé que la Ka’aba – haut lieu sacré de l’Islam – puisse être un jour interdite aux pèlerins ! Nous n’avons jamais songé que de nombreuses mosquées dans le monde entier puissent être fermées un jour aux fidèles ! Quelle douloureuse situation pour nous tous, imams, responsables et fidèles, tant attachés aux demeures d’Allah, lieux de paix, de prières, d’instruction, d’apaisement et de clémence d’en être privés. Néanmoins, nous pouvons garder confiance, espoir et force car si la prière n’est pas célébrée collectivement, cela ne signifie aucunement que la vie spirituelle s’arrête : « Et la terre entière m’est accordée comme mosquée » disait le Prophète, que la prière et le salut soient sur Lui. C’est donc le moment de faire de nos foyers un lieu de prière, de méditation et d’amour : « Et faites de vos demeures un lieu de prière et accomplissez la prière. Et fais la bonne annonce aux croyants » (Sourate « Jonas », Sourate 10, Verset 87). Dieu, Très Miséricordieux nous accordera la récompense complète de nos actes de dévotions en fonction de nos intentions, comme si nous les avions effectués réellement à la mosquée, comme le montre plusieurs hadiths prophétiques.

Ce moment de confinement forcé peut se révéler bénéfique et servir de tremplin pour se réconcilier avec le Divin, communiquer avec soi-même et être en communion avec sa famille. Dans ces moments sombres, allumons les bougies de l’espoir, accueillons la lumière de la foi et déclenchons l’étincelle de la confiance. Souvenons-nous que l’épreuve en Islam n’est pas tragique : elle ne se vit pas dans la peur, ni dans la douleur ; elle se vit dans la douceur, dans l’acceptation, dans la dignité et dans la confiance. Nous avons espoir en Dieu, nous croyons que ce mal est un bien pour l’humanité, une bifurcation critique certes, mais une source de renaissance pour penser un autre monde plus serein, plus juste et plus humain : « Ne pensez pas que c’est un mal pour vous, mais plutôt, un bien pour vous » (Sourate « La Lumière », Sourate 24, Verset 11). En effet, les temps de crise en tant que moments d’épreuve nous permettent de grandir et de mûrir.

Depuis plusieurs décennies, le monde va mal et tout un chacun tout à chacun fait le constat d’un malaise lié à la vie moderne. En effet, l’humanité semble – depuis des décennies – condamnée à vivre au quotidien à un rythme effréné, confrontée à une culture de l’urgence, au culte de performance, de l’apparence et à la logique marchande. Pressés et stressés, les gens se retrouvent dans une situation d’ambivalence, psychologiquement déstabilisés et socialement fragilisés. Beaucoup de gens vivent des conflits de valeurs, fuient cette réalité sombre si difficile à supporter psychologiquement, en consommant des psychotropes (antidépresseurs…), en s’évadant dans une course aux loisirs et aux plaisirs immédiats, en pensant aux vacances, en lisant des romans, en regardant le cinéma, la télévision en boucle, les séries diffusées sur internet, les réseaux sociaux…

Ce temps de crise relative au Coronavirus a donné un brutal coup d’arrêt à notre monde qui poursuit son inéluctable expansion et sa croissance économique méconnaissant sa destinée. Nos sociétés se soucient uniquement de l’impératif du rendement au point d’épuiser les ressources de la planète en la surexploitant, ce qui a généré des désastres environnementaux. Le monde du travail devient de plus en plus un lieu de compétition et de souffrance.

La pandémie de Coronavirus nous apprend à revenir à l’essentiel, à être plus présent avec nos enfants, à travailler à notre rythme, à reposer notre esprit, à rééquilibrer notre vie. En effet, la famille, parfois tellement négligée de nos jours, revient au centre de nos préoccupations. Cette pandémie de Coranavirus nous dit que nous ne sommes pas les maîtres du monde et que tout n’est pas contrôlable, exploitable, inusable, que tout n’est pas maitrisable et n’est pas prévisible : « Prenez garde ! Vraiment l’homme devient rebelle, dès qu’il estime qu’il peut se suffire à lui-même (à cause de sa richesse) » (Sourate « Al Qalam », Sourate 96, Versets 6-7).

Le Coranavirus vient alors briser les illusions d’un monde ultramoderne, et technicisé, sape le mythe d’une société industrialisée et réveille nos instincts de survie les plus naturels. Nous devons alors agir avec un sens aigu de notre responsabilité civile et morale, en développant un élan de solidarité, une forme d’unité et de générosité.

Nous pouvons, tout en prenant les précautions sanitaires nécessaires, penser aux plus fragiles, aider nos ainés s’ils ont besoin de faire leurs courses, d’aller à la pharmacie ou à un rendez-vous médical par exemple. Avec notre foi, grâce à notre énergie spirituelle, soyons plus forts et accueillions l’avenir avec beaucoup d’espoir : espoir que l’humanité changera son chemin et se réconciliera avec les valeurs éthiques et morales qui la fondent.

Que Dieu Tout-Puissant délivre l’humanité de cette calamité, nous ouvre les portes de Sa Clémence et nous accorde le meilleur dans cette vie d’ici-bas et dans l’au-delà.

Amine.

Mesures de prévention contre le Covid19 – Actualisation du 15.03.2020

Salam alaikum chers sœurs et frères,

Le gouvernement luxembourgeois s’est réuni le 15 mars 2020 lors d’un conseil ministériel extraordinaire dans le souci de limiter l’impact du Covid19 sur notre société. Suite à cette réunion, le Premier Ministre a annoncé les mesures de prévention suivantes qui entreront en vigueur dans la nuit du 15 au 16 mars à 0 :00 heures :

  • Les déplacements de personnes sont à limiter aux déplacements strictement nécessaires (travail, médecin, cours alimentaires) ;
  • Toutes les institutions culturelles, cultuelles et sportives etc sont à fermer ;
  • Toutes les entreprises accueillant des clients resteront fermées au public, sauf commerces vitales (épiceries, infirmeries, pompes d’essence,) ;
  • Le gouvernement appelle au respect des mesures et à la solidarité.

La Shoura se montre fortement concernée par l’évolution et la propagation du Covid19 et ses impacts sur la santé publique, dont notamment les personnes âgées et vulnérables. La Shoura rappelle les consignes gouvernementales du 12 mars 2020 envoyées aux associations islamiques d’annuler la prière du vendredi, les cours d’éducation islamique et de ne plus organiser les prières journalières en commun.

Pour préserver ce bien commun de la santé publique et au regard du respect de l’ordre publique, auquel la Shoura et ses associations affiliées se sont engagés par le conventionnement de 2015, la Shoura ordonne aux associations islamiques de fermer leurs portes au public ainsi que d’annuler toutes leurs évènements et cours dès minuit de la nuit du 15 au 16 mars jusqu’à nouvel ordre.

La Shoura rejoint aussi le Gouvernement à l’appel de solidarité, et demande aux fidèles de se renseigner sur d’éventuelles personnes âgées ou vulnérables parmi leurs connaissances et voisinage dans le but de leur apporter de l’aide en cas de nécessité (faire des courses, offrir une possibilité de communiquer, etc).

Nous remercions les imams et les responsables des associations pour leur coopération suite à cette décision difficile, mais nécessaire. Le culte musulman, dans un esprit et engagement commun, affirme et assume ses responsabilités citoyennes en prenant conscience de la gravité de la situation sans néanmoins céder à la panique.

La Shoura suivra la situation actuelle, soutiendra les responsables du culte musulman et si nécessaire prendra des mesures supplémentaires. Une permanence est assurée via le numéro d’urgence et l’email officiel de la Shoura. Des nouvelles seront régulièrement publiées sur le site www.shoura.lu.

Nous souhaitons et prions pour le rétablissement rapide des patients. Nous exprimons tout notre soutien spirituel aux professionnels de la santé et des services d’intervention et demandons aux croyants de prier pour le bien-être du pays durant cette pandémie. Nos remerciements et prières s’adressent aussi à toute autre personne qui dans ces heures difficiles assurent le maintien des services vitaux, par exemple au sein du transport publique ou dans les commerces.

Décision unanime de la Shoura

Mesures de préventions au sein du culte musulman – Actualisation du 13.03.2020

Chers frères, nous vous remercions de votre réactivité suite à notre communiqué qui vous a été transmis le 12 mars 2020.

C’est avec plaisir que nous apprenons que toutes les associations membres de la Shoura se sont alignées sur les directives du gouvernement recommandant de ne pas organiser voire interdisant les rassemblements comptant plus de 100 personnes dans des lieux et endroits fermés.

Al hamdoulillah, étant donné que votre réactivité a permis d’agir à temps pour prévenir que nous soyons d’avantage touchés par COVID-19, nous tenons par la présente à vous rappeler que la loi sur le conventionnement dispose très clairement que la communauté musulmane est tenue de respecter l’ordre public du Luxembourg. La décision du gouvernement d’interdire tout rassemblement de plus de 100 personnes dans un même lieu est une décision d’ordre public et doit par conséquent être impérativement respectée.

Egalement, la marge de manoeuvre de la Shoura est très limitée actuellement car non seulement nous devons respecter les décisions gouvernementales qui sont prises dans l’intérêt des citoyens, mais la santé de nos fidèles nous est davantage plus importante.

Le Conseil des Cultes Conventionnés, réunissons les plus hauts responsables religieux des six cultes conventionnés, ainsi que de deux cultes observateurs, tient à nous rappeler que notre santé est un bienfait que nous devons préserver à tout prix. Lors de sa réunion du 12 mars, le CCC a circulé la directive aux cultes membres de respecter et d’appliquer sans tarder toutes les consignes et conseils du gouvernement dans un effort commun de maintenir l’ordre publique et le bien commun. Les cultes membres sont conscient de la gravité de la situation actuelle et assument leur responsabilité civile sans vouloir céder à la panique.

Nous tenons à souligner également que la décision pour l’annulation des prières de vendredi a été prise à l’unanimité au sein de la Shoura dans le but du respect de la loi et conformément au conventionnement. De même, nous nous sommes alignés aux décisions communes prises au sein du conseil conventionné du culte à l’unanimité. Cette décision est applicable jusqu’à nouvel ordre.

En ce qui concerne les 5 prières quotidiennes, puisque la loi n’interdit pas tout rassemblement de moins de 100 personnes, il appartient aux comités de chaque association de prendre leurs décisions y relative, en s’assurant tout de même du respect des consignes sanitaires (désinfection des lieux plusieurs fois par jour, désinfection des sanitaires, mise à disposition de quantités suffisantes de désinfectant, savon et lingettes, du papier toilette et des essuie-mains). À ce titre, il est fortement conseillé, pour des raisons d’hygiène, de:
– indiquer aux fidèles de ramener leurs tapis de prière régulièrement lavé avec soi et l’utiliser à l’intérieur des mosquées;
– imposer que les ablutions se fassent à domicile et avant de venir à la mosquée, sauf bien évidemment un empêchement pour ce faire (travail, voyagers etc).

Nous recommandons aux personnes considérées comme fragiles de point de vue de leur santé (personnes âgées, malades, enfants…) de ne plus se rendre sur les lieux.

Les célébrations de mariages ou évènements similaires sont à reporter de préférence à une date ultérieure et en fonction de l’évolution de l’état des lieux. Les prières mortuaires (Salat al-Janazah) sont à limiter à un nombre restreint de personnes (membres de famille, personnes proches).
Sachez que nos décisions sont évolutives en fonction de l’évolution de la situation sanitaire du pays et de la propagation du virus COVID-19.

Finalement, nous vous rappelons de ne pas oublier notre pays et notre communauté dans vos invocations et prières ainsi que le personnel et les servants publics (médecins, secouristes, policiers, pompiers et tout autre type d’intervenants) qui oeuvrent actuellement pour notre bienêtre en permanence.

BarakAllahou fikum

Annulation des sermons du Vendredi

Les associations suivantes communiquent qu’elles n’organiseront pas de prière du Vendredi le 13.03.2020 jusqu’à communication contraire:

AFNANE (Differdange)
AIC Sud (Esch-sur-Alzette)
AIL (Luxembourg-Bonnevoie)
CCIL (Mamer)
CCINS (Diekirch)
CICBL (Esch-sur-Alzette)
CIL (Contern)
LJM (Luxembourg-Bonnevoie)

Les associations suivantes appellent leurs fidèles de rester à la maison, la prière du Vendredi sera probablement annulée:

AIWL (Wiltz)

Le sermon du Vendredi par Hfz. Dr. Rabie Fares au AIWL à Wiltz est annulé.

Annulation des évènements publiques de la Shoura

La Shoura annonce l’annulation des conférences et évènements suivants:

– le Sermon du Chef de Culte Dr. Rabie Fares au AIWL à Wiltz, prévu pour le 13.03.2020
– le Séminaire « Le savoir médical utile pour le cadre religieux d’aujourd’hui » par Dr. Mustapha Smati à Esch-sur-Alzette, prévu pour le 14.03.2020
– la conférence publique « Profite de ta santé avant ta maladie » par Dr. Mustapha Smati et Dr. Rabie Fares à Esch-sur-Alzette, prévue pour le 14.03.2020
– la promenade interreligieuse à Remich, prévue pour le 22.03.2020

La Shoura essayera de remettre ses évènements sur son agenda plus tard dans l’année. Nous vous remercions pour votre compréhension.