Khoutba centrale : « Et encore, Srebrenica… »
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Il est difficile de parler de Srebrenica. Difficile de trouver les mots capables d’exprimer la douleur des mères, des enfants et des familles dont les proches ont été tués simplement parce qu’ils étaient Bosniaques.
Il est plus difficile encore de comprendre que certains puissent nier le génocide, minimiser le nombre des victimes ou glorifier ceux qui ont commis ces crimes. Certains n’ont toujours pas compris que l’avenir d’un peuple ne peut se construire sur la mort d’un autre, ni sur sa disparition.
Srebrenica n’est pas seulement une page de notre histoire. Elle est notre blessure, mais aussi un avertissement majeur.
Il est préoccupant de constater que, parmi nous, certains hésitent encore ou éprouvent de la gêne à dire clairement qu’un génocide a été commis à Srebrenica. Dire la vérité sur Srebrenica ne signifie pas propager la haine. La vérité est le fondement de toute réconciliation sincère.
La réconciliation ne signifie ni oublier les victimes, ni taire les crimes, ni placer la victime et le criminel sur un pied d’égalité. Une véritable réconciliation n’est possible que lorsque le crime est reconnu, lorsque les victimes sont respectées et lorsque l’idéologie qui a conduit au génocide est clairement condamnée.
Nous ne devons pas oublier nos victimes. Nous ne devons pas avoir honte de notre histoire, ni de ceux qui ont défendu le droit de notre peuple à vivre et à demeurer sur sa terre. Dans le même temps, nous ne devons nourrir de haine envers aucun peuple. La responsabilité appartient aux auteurs des crimes, à leurs complices et à ceux qui les justifient, et non à des peuples entiers.
L’islam nous enseigne à être justes envers tous. Allah, le Très-Haut, dit :
« Allah ne vous interdit pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre religion et qui ne vous ont pas chassés de vos demeures. Allah aime, en vérité, ceux qui sont équitables. »
(Al-Mumtahana, 8)
Le but de la commémoration du génocide de Srebrenica n’est pas seulement de rappeler le passé. Son véritable objectif est qu’un tel crime ne se reproduise jamais, nulle part et contre personne.
C’est pourquoi les mots « Plus jamais ça » ne doivent pas concerner uniquement notre peuple et nos propres victimes. Ils doivent valoir pour toute personne innocente, quelle que soit sa religion ou son appartenance nationale.
Garder le silence face à tout nouveau génocide constitue une trahison de la mémoire des victimes de Srebrenica. Nous ne pouvons pas nous tenir devant leurs tombes, affirmer qu’un tel crime ne doit plus jamais se reproduire, puis rester silencieux lorsque d’autres innocents sont tués sous les yeux du monde.
C’est pourquoi nous ne devons pas garder le silence face au génocide à Gaza. Les massacres de civils palestiniens, d’enfants et de femmes, la destruction de familles entières, de maisons, d’hôpitaux et des conditions essentielles à la vie ne peuvent nous laisser indifférents.
Un enfant de Gaza n’a pas moins de valeur qu’un enfant de Srebrenica. Les larmes d’une mère palestinienne ne sont pas moins douloureuses que celles d’une mère de Srebrenica. Celui qui est sincère dans son devoir de mémoire envers Srebrenica doit également élever la voix pour les innocents de Gaza.
Condamner les crimes commis à Gaza n’est pas une expression de haine envers un peuple, quel qu’il soit. C’est condamner le meurtre, la persécution, l’injustice et la punition collective infligée à des innocents. Notre mesure doit être la justice, et non la haine.
Si nous parlons uniquement lorsque notre propre peuple souffre, mais que nous nous taisons lorsque d’autres sont victimes, alors nous n’avons pas compris le message de Srebrenica.
Srebrenica nous enseigne que la haine doit être arrêtée avant qu’elle ne se transforme en crime. Elle nous enseigne que nous ne devons pas rester silencieux face à l’injustice et que nous devons préserver la vérité, notre dignité et la mémoire des victimes.
Ne pas oublier Srebrenica signifie se souvenir du passé, mais aussi savoir reconnaître l’injustice dans le présent. Cela signifie se tenir aux côtés de toute personne innocente, persécutée ou opprimée.
Srebrenica est un avertissement. Gaza est une épreuve pour notre conscience.
N’oublions donc pas. Ne gardons pas le silence. Ne restons pas indifférents. C’est ainsi seulement que notre fidélité à la mémoire des victimes prendra tout son sens.
« Seigneur, ne fais pas de nous une épreuve pour ceux qui ne croient pas, et pardonne-nous, Seigneur. Tu es, en vérité, le Tout-Puissant, le Sage. »
(Al-Mumtahana, 5)
(Khoutba centrale du Chef de culte Hafiz Hilmija Redžić du 10 juillet 2026 à l’Association Islamique de Wiltz/Luxembourg à Wiltz)