Khoutba centrale : « La protection du croyant commence par la prière du Fajr accomplie en congrégation »

Se lever pour la prière du Fajr n’est pas une chose ordinaire. C’est un choix discret que les gens ne voient souvent pas, mais qu’Allah connaît, que les anges consignent et dont les cieux témoignent. Lorsque le froid s’intensifie, que l’hiver devient rude et que le lit paraît plus accueillant que tout autre appel, le serviteur sincère se lève, lutte contre son âme, accomplit ses ablutions et se tient devant son Seigneur. C’est dans ces instants que se distinguent les sincères et que se révèlent les hommes dotés d’une volonté ferme. Le Fajr ne se résume pas à deux unités obligatoires (farḍ) et à ses prières surérogatoires (sunna) ; il est la mesure de la sincérité, le signe de la soumission à Allah et la preuve que le cœur est davantage attaché à Lui qu’au sommeil, au repos et au confort éphémère.

Le Messager d’Allah, ﷺ, a particulièrement insisté sur la valeur de la prière du Fajr en congrégation. Il a dit : « Les prières les plus pénibles pour les hypocrites sont celles du ‘Ichâ’ et du Fajr. S’ils savaient ce qu’elles renferment comme récompense, ils s’y rendraient même en rampant. » (Al-Bukhârî et Muslim)

Ce hadith suffit à montrer la grandeur du Fajr. Il est lourd pour celui dont le cœur manque de foi, mais léger pour celui à qui Allah a rendu l’obéissance agréable. Ainsi, le Fajr distingue les sincères des négligents, les déterminés des faibles, et ceux qui répondent à l’appel d’Allah de ceux que le lit et l’insouciance dominent.

Dans un autre hadith, le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui accomplit la prière du ‘Ichâ’ en congrégation est comme s’il avait prié la moitié de la nuit, et celui qui accomplit le Fajr en congrégation est comme s’il avait prié toute la nuit. » (Muslim)

Quelle immense récompense pour quelques minutes de lutte contre soi-même, quelques pas vers la mosquée et une prière que beaucoup laissent passer dans leur sommeil. Le croyant ne regarde donc pas la difficulté de se lever, mais la grandeur de ce qu’il obtient auprès d’Allah.

Une vertu particulière est également attribuée à la prière du Fajr accomplie en congrégation le vendredi. Il est rapporté d’après Ibn ‘Umar (qu’Allah les agrée, lui et son père) que le Messager d’Allah ﷺ a dit : « La prière la plus méritoire auprès d’Allah est la prière du Fajr en congrégation le vendredi. »

Les savants ont évoqué le sens de cette narration lorsqu’ils ont parlé des mérites particuliers du Fajr et du vendredi. Lorsque se réunissent le Fajr, la prière en congrégation et le vendredi, plusieurs grandes vertus se rejoignent dans un même acte d’adoration. C’est une prière qui rassemble la bénédiction des premières heures du matin, celle de la congrégation et celle du meilleur jour de la semaine.

La prière du Fajr est également la prière placée sous la protection d’Allah. Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui accomplit la prière du Fajr est sous la protection d’Allah. » (Muslim)

Quel honneur pour le serviteur de commencer sa journée sous la protection de son Seigneur. Il n’est pas de plus grande sérénité que de savoir que l’on a ouvert sa journée par un acte d’obéissance et que la première parole adressée ce jour-là fut destinée à Allah.

Le Prophète ﷺ a également dit : « Celui qui préserve les deux prières accomplies aux heures fraîches entrera au Paradis. » (Al-Bukhârî et Muslim)

Les savants expliquent qu’il s’agit du Fajr et du ‘Asr. Elles sont appelées « les deux prières des heures fraîches » en raison du moment où elles sont accomplies. Celui qui les préserve, et en particulier le Fajr, lorsque l’âme éprouve le plus de difficulté à se lever, bénéficie d’une immense promesse auprès d’Allah.

Le Fajr est aussi une prière à laquelle assistent les anges. Allah, Exalté soit-Il, dit :

« Et récite le Coran à l’aube, car la récitation de l’aube est attestée. » (Sourate Al-Isrâ’, v. 78)

Les savants expliquent que les anges de la nuit et ceux du jour assistent à cette prière. Le Fajr possède donc une particularité unique : il s’agit d’un acte d’adoration auquel assistent des créatures choisies, accompli au moment où la nuit laisse place au jour, où les ténèbres cèdent la place à la lumière, et où le repos fait place à l’activité.

Le Prophète ﷺ a également dit : « Les anges de la nuit et les anges du jour se relaient parmi vous, et ils se rencontrent lors des prières du Fajr et du ‘Asr. » (Al-Bukhârî et Muslim)

Lorsque les anges qui t’ont accompagné durant la nuit retournent vers leur Seigneur – alors qu’Il sait parfaitement toute chose – Il leur demande : « Dans quel état avez-vous laissé Mes serviteurs ? » Ils répondent : « Nous les avons laissés en prière et nous les avons trouvés en prière. »

Quel honneur que de commencer sa journée de telle sorte que les anges témoignent auprès d’Allah qu’ils t’ont trouvé prosterné, debout en prière ou engagé dans Son rappel.

Certaines traditions rapportent également qu’Allah admire le serviteur qui se lève de son lit au cœur d’une nuit froide, délaisse sa couverture et se met en prière, animé par l’espoir de Sa récompense et la crainte de Son châtiment. Même si ces récits sont généralement mentionnés dans les chapitres consacrés à la prière nocturne et à la sincérité, leur sens demeure élevé et limpide : Allah aime le serviteur qui lutte contre lui-même pour Lui seul, à un moment où personne ne le voit et où rien ne le pousse, sinon la foi.

Si le Ramadan t’a appris à te lever pour le Fajr, ne fais pas de l’adoration une pratique saisonnière. Le Ramadan n’était pas une fin, mais une école. Il n’était pas un objectif, mais une préparation. Celui qui a goûté à la douceur du Fajr durant le Ramadan doit la préserver après lui. Le Seigneur du Ramadan est aussi le Seigneur de tous les autres mois. Le Seigneur du Fajr dans les matins les plus froids est le même Seigneur en toute saison. Persévérer après le Ramadan est un signe de sincérité, tandis que retomber dans la négligence montre que l’on n’a pas encore pleinement tiré la leçon de ce mois béni.

Ainsi, toi qui te lèves pour le Fajr pendant que les autres dorment, toi qui luttes contre ton âme, contre le froid, la fatigue et la chaleur de ton lit, réjouis-toi. Ton effort n’est pas oublié, tes pas sont inscrits, ton combat est vu et ta récompense auprès d’Allah est immense.

La prière du Fajr est une lumière, une protection, une source de bénédictions et l’un des plus grands signes d’une foi vivante.

Nous demandons à Allah, le Très-Haut, de faire de nous ceux qui préservent la prière du Fajr en congrégation, répondent à Son appel et demeurent constants dans leur obéissance, après le Ramadan comme avant, durant les matins les plus froids comme dans les jours les plus difficiles.

(Khoutba centrale du Chef de culte Hafiz Hilmija Redžić du 27 mars 2026 à l’Association Fraternelle Musulmane à Mersch)