Khoutba centrale : « La mosquée à la lumière des principes de la communauté de Médine »

Lorsque nous parlons d’une « véritable communauté » , nous ne parlons pas d’hommes parfaits ni d’une communauté idéale dépourvue de faiblesses. Nous parlons d’une communauté qui avance avec une direction claire et des repères bien définis. Nous parlons de croyants qui, malgré leurs imperfections, aspirent à faire de leur djemat un reflet aussi fidèle que possible de la première communauté musulmane établie à Médine sous la direction du Messager d’Allah ﷺ.

La communauté de Médine n’était pas exempte d’épreuves. On y trouvait les Muhâjirûn (les émigrés) et les Ansâr (les auxiliaires), des riches et des pauvres, des jeunes et des personnes âgées, des croyants à la foi solide ainsi que d’autres dont la foi était encore en voie d’affermissement. Sa force ne résidait pas dans sa perfection, mais dans son retour constant à la Révélation et dans le sens de la responsabilité devant Allah. Tel est le fondement de toute communauté musulmane sérieuse, à toute époque.

Une communauté fondée sur la foi et la connaissance

La communauté de Médine reposait sur le savoir. Le Coran constituait une guidance vivante et le Prophète ﷺ en était l’incarnation et l’explication pratique. La connaissance n’était pas un luxe, mais une condition essentielle à la pérennité de la communauté.

Le Messager d’Allah ﷺ a dit :

« Le meilleur d’entre vous est celui qui apprend le Coran et l’enseigne. »
(Sahîh al-Bukhârî, n° 5027).

Ce hadith établit une véritable échelle de valeurs. Le meilleur n’est pas celui qui possède le plus d’influence ou de richesse, mais celui qui est profondément attaché au Coran et le transmet aux autres.

Aujourd’hui encore, cela signifie que le centre islamique doit être avant tout un centre de savoir. Les conférences régulières, les cercles d’étude, les halqas consacrées au Coran, les cours de croyance (`aqîda) et de jurisprudence (fiqh) ne doivent pas être des activités occasionnelles, mais un processus continu.

Concrètement, cela signifie que le croyant ne se contente pas uniquement de la prière du vendredi. Assister aux cours hebdomadaires, ne serait-ce qu’une ou deux fois par semaine, fait partie intégrante de son emploi du temps, au même titre que son travail ou ses responsabilités familiales. Cela implique également d’organiser des cycles d’enseignement structurés abordant les différentes sciences islamiques, plutôt que de se limiter à des conférences ponctuelles à caractère motivationnel.

Allah dit :

« Dis : “Sont-ils égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ?” »
(Coran, Az-Zumar, 39:9).

Une communauté qui investit dans la connaissance acquiert de la clairvoyance. Face aux questions ou aux désaccords, elle revient aux preuves. Face aux défis, elle possède des fondations solides sur lesquelles bâtir.

Une unité que l’on préserve avec vigilance

La communauté médinoise demeure le modèle du véritable esprit de fraternité. Les Muhâjirûn avaient quitté leurs maisons et leurs biens, tandis que les Ansâr les accueillirent comme des frères. Il ne s’agissait pas seulement d’un sentiment, mais d’une solidarité concrète dans le partage des biens et des responsabilités.

Le Prophète ﷺ a dit :

« Les croyants sont semblables à un seul corps : lorsqu’un membre souffre, tout le corps partage son insomnie et sa fièvre. »
(Sahîh Muslim, n° 2586).

Aujourd’hui, cela signifie qu’une communauté réagit aux besoins de ses membres. Si l’un d’eux perd son emploi, le djemat cherche à l’aider par des conseils, son réseau ou un fonds de solidarité. Si une personne s’absente durablement de la mosquée, l’imam ou des membres de la communauté prennent de ses nouvelles.

Allah dit :

« Et cramponnez-vous tous ensemble au câble d’Allah et ne soyez pas divisés. »
(Coran, Âl ’Imrân, 3:103).

En pratique, cela implique que les différends soient résolus au sein même de la communauté, à travers le dialogue et la consultation (shûrâ), plutôt que par la médisance ou les divisions. Le comité de gestion et l’imam devraient organiser des rencontres régulières avec les fidèles, ouvrir des espaces de dialogue et accueillir les suggestions afin d’éviter que les frustrations ne s’accumulent.

La mosquée : une institution vivante

À Médine, la mosquée constituait le cœur de la cité. On y priait, on y enseignait, on s’y consultait et on y organisait l’entraide.

Aujourd’hui encore, le centre islamique doit remplir cette même mission.

Allah dit :

« Accomplissez la prière, acquittez-vous de la zakât et inclinez-vous avec ceux qui s’inclinent. »
(Coran, Al-Baqara, 2:43).

Le Prophète ﷺ a dit :

« La prière accomplie en congrégation vaut vingt-sept fois plus que la prière accomplie seul. »
(Sahîh al-Bukhârî, n° 645 ; Sahîh Muslim, n° 650).

Concrètement, cela signifie encourager une présence régulière aux prières quotidiennes, en particulier celles du Fajr et du ‘Ichâ’.

L’organisation d’iftars collectifs, de journées familiales à la mosquée et de rencontres pour les jeunes contribue à faire de la mosquée non seulement un lieu d’adoration, mais également un lieu de fraternité.

Les cercles d’étude du Coran occupent une place particulière. On n’y apprend pas seulement à réciter correctement le Livre d’Allah ; on y développe également un lien profond avec Lui. Une halqa hebdomadaire permet aux participants de se connaître, de se soutenir mutuellement et de progresser ensemble.

La persévérance dans l’éducation religieuse des enfants (maktab) constitue un investissement à long terme. Les parents organisent leur emploi du temps afin que leurs enfants ne manquent pas les cours sans raison valable. Le maktab ne doit jamais être considéré comme une activité secondaire. Un enfant qui y étudie pendant dix années emporte avec lui une identité musulmane solide, des connaissances religieuses et un profond sentiment d’appartenance à sa communauté.

Le leadership : une responsabilité et un dépôt

À Médine, exercer une responsabilité était un véritable dépôt (amânah).

Allah dit au Prophète ﷺ :

« Consulte-les à propos des affaires. »
(Coran, Âl ’Imrân, 3:159).

Aujourd’hui, cela signifie que les responsables rendent régulièrement compte aux membres de la communauté de la gestion financière, des projets en cours et des décisions importantes. Les procédures doivent être claires et les décisions ne doivent pas être prises par un cercle restreint sans consultation.

Le Prophète ﷺ a dit :

« Les meilleurs de vos dirigeants sont ceux que vous aimez et qui vous aiment. »
(Sahîh Muslim, n° 1855).

Lorsque la confiance règne, la communauté progresse. Lorsqu’elle disparaît, les énergies se dissipent dans les soupçons et les conflits.

Prendre soin des personnes

La communauté de Médine était attentive aux besoins de chacun. Personne n’y était invisible.

Le Prophète ﷺ a dit :

« Ne fait pas partie des nôtres celui qui ne respecte pas nos aînés et ne fait pas preuve de miséricorde envers nos plus jeunes. »
(Sunan at-Tirmidhî, n° 1919).

Concrètement, cela signifie organiser des visites aux personnes âgées, leur confier un rôle de conseil, donner aux jeunes l’occasion de proposer des initiatives et de porter des projets, tout en développant un fonds destiné à l’aide sociale.

Allah dit :

« Ceux dans les biens desquels il existe une part déterminée pour le mendiant et pour celui qui est privé. »
(Coran, Al-Ma’ârij, 70:24-25).

Cette responsabilité sociale peut être organisée au moyen de collectes régulières, de fonds transparents et d’équipes chargées d’identifier les besoins des familles.

Agir positivement dans la société

La communauté de Médine était reconnue pour sa justice, sa fiabilité et son exemplarité.

Allah dit :

« Vous êtes la meilleure communauté suscitée pour les hommes : vous ordonnez le bien, interdisez le mal et croyez en Allah. »
(Coran, Âl ’Imrân, 3:110).

Aujourd’hui, cela signifie que les membres du djemat doivent être exemplaires dans leurs professions et dans leur comportement quotidien. Le centre islamique doit coopérer avec les acteurs locaux, participer aux actions humanitaires et représenter l’islam à travers une culture du dialogue, du respect et de la responsabilité.

Une communauté en perpétuelle amélioration

Le djemat construit selon les principes de la communauté de Médine est un projet d’amélioration permanente.

Il exige de la connaissance, de la présence, de la persévérance et un profond sens des responsabilités.

Participer régulièrement aux conférences renforce la compréhension de la religion.

Persévérer dans l’enseignement religieux des enfants préserve leur identité.

Les cercles du Coran nourrissent les cœurs.

La prière en congrégation renforce les liens.

La consultation (shûrâ) protège l’unité.

Le souci porté aux personnes attire la bénédiction d’Allah.

Une communauté qui néglige sa jeunesse perdra son avenir.

Une communauté qui néglige ses aînés perdra son expérience.

Une communauté qui oublie les plus démunis perdra la bénédiction (baraka).

(Khoutba centrale du Chef de culte Hafiz Hilmija Redžić du 15 mai 2026 au Centre Culturel Islamique de Luxembourg à Mamer)