Khoutba centrale : « Conseils pour des vacances productives »

Lorsque l’on parle de « vacances productives », on peut facilement penser qu’il faut transformer les congés en un nouveau projet : se lever à cinq heures du matin, lire deux livres par semaine, rendre visite à toute la famille, faire du sport chaque jour et remplir son emploi du temps du matin au soir.

Pourtant, ce type de vacances conduit souvent à une situation où l’on reprend le travail plus fatigué qu’au départ.

En islam, la productivité ne signifie pas être constamment occupé. Est productif le temps qui nous rapproche d’Allah, apaise notre cœur, renforce nos liens avec notre famille et nous prépare à reprendre nos responsabilités avec davantage de sérénité.

En particulier lorsque nous passons nos vacances dans notre pays d’origine, les congés ne se résument pas à la mer, à la montagne, aux barbecues ou aux cafés. Ils sont un retour vers nos parents, notre famille, notre langue, nos souvenirs et les lieux dont nous sommes issus.

Avant le départ : rectifie ton intention (niyya)

Imaginons une personne qui retourne dans son pays après une année d’absence. Le coffre de la voiture est rempli de cadeaux, de valises, d’affaires pour les enfants et même de provisions « au cas où ». Pendant le trajet, elle pense déjà à toutes les personnes qu’elle doit visiter, aux endroits où elle doit aller et à ceux qui pourraient se vexer si elle ne passe pas les voir.

Avant que les vacances ne deviennent une source de pression, il est utile de s’arrêter un instant et de se demander :

« Pourquoi est-ce que je pars ? »

Peut-être pour faire plaisir à mes parents. Pour que mes enfants connaissent leur grand-mère, leur grand-père et leur famille. Pour rendre visite à un oncle malade. Pour me reposer après une année de travail. Pour lire un livre que je remets à plus tard depuis des mois. Pour passer davantage de temps à la mosquée. Ou encore pour réparer une relation qui s’est refroidie.

Le Prophète ﷺ a enseigné que les œuvres ne valent que par leurs intentions. Ainsi, un simple voyage peut devenir bien plus que des vacances : il peut être un acte de bienfaisance envers les parents, un moyen de maintenir les liens de parenté, d’acquérir un savoir bénéfique et de se préparer à reprendre ses obligations avec plus de force.

Même accompagner son père au marché peut avoir une grande valeur si l’on sait que notre présence lui fait plaisir. Partager un repas avec sa mère n’est pas un simple repas lorsque cela lui montre que nous prenons du temps pour elle.

Les parents ont souvent davantage besoin de notre présence que de nos cadeaux

Les personnes qui vivent à l’étranger reviennent souvent dans leur pays les bras chargés de cadeaux. C’est une belle marque d’attention. Mais, bien souvent, ce que les parents désirent davantage, c’est que nous nous asseyions près d’eux sans avoir le téléphone à la main.

Une mère ne souhaite peut-être pas un nouvel appareil à café ; elle souhaite simplement boire un café avec son enfant sans qu’il regarde constamment sa montre.

Un père ne dira peut-être pas qu’il a besoin d’aide pour aller chez le médecin, réparer une clôture ou accomplir une démarche administrative. Il évoquera parfois cela plusieurs jours plus tard, presque par hasard : « Il y a bien quelque chose… mais ce n’est pas urgent. »

C’est là que commence la véritable bienfaisance.

Allah nous ordonne de ne même pas dire « ouf » à nos parents, surtout lorsqu’ils vieillissent, mais de leur adresser des paroles nobles et bienveillantes. Dans les mêmes versets, Il nous enseigne cette invocation :

« Seigneur, fais-leur miséricorde comme ils m’ont élevé lorsque j’étais petit. »
(Coran, Al-Isrâ’, 23-24).

La bienfaisance envers les parents ne prend pas toujours la forme de grands gestes. Parfois, c’est aller à la pharmacie, changer une ampoule ou écouter avec patience une histoire que nous avons déjà entendue de nombreuses fois.

Et parfois, le plus grand acte de bonté consiste à ne pas montrer d’impatience lorsqu’ils ne comprennent pas notre rythme de vie, notre manière de penser ou nos projets.

N’essaie pas de visiter tout le pays en dix jours

L’une des erreurs les plus fréquentes pendant les vacances consiste à vouloir satisfaire tout le monde.

Premier jour : déjeuner chez les parents. Deuxième : chez une tante. Troisième : un mariage. Quatrième : une excursion. Cinquième : « juste un petit café » qui dure cinq heures. Entre-temps, il faut encore aller chez le dentiste, régler des démarches administratives, revoir les amis d’école et emmener les enfants à la piscine.

Au bout d’une semaine, tout le monde est épuisé : les enfants sont nerveux, les époux se disputent et les parents disent : « Vous venez à peine d’arriver, et on ne vous voit jamais ! »

Préserver les liens familiaux est une immense valeur en islam. Le Prophète ﷺ nous y a vivement encouragés. Mais cela ne signifie pas que nous devons nous épuiser physiquement et émotionnellement en essayant de voir tout le monde.

Il vaut mieux quelques rencontres sincères et paisibles que vingt visites où notre corps est présent tandis que notre esprit pense déjà à l’étape suivante.

Nous pouvons dire avec délicatesse :

« Cette fois-ci, notre séjour est court et nous ne pourrons malheureusement pas rendre visite à tout le monde, mais nous serions très heureux de vous voir un jour chez nous. »

Ou encore :

« Demain, nous avons prévu une journée uniquement avec les parents et les enfants ; organisons-nous pour un autre moment. »

Fixer des limites ne signifie pas rompre les liens familiaux. Au contraire, elles permettent parfois de préserver la qualité des relations et d’éviter que la fatigue ne nous rende durs envers ceux que nous aimons.

Préserver les liens, même lorsqu’ils sont fragiles

Il est facile de rendre visite à un proche avec lequel tout va bien. Il est beaucoup plus difficile d’appeler une personne avec laquelle une certaine froideur s’est installée.

Peut-être qu’une parole blessante a été prononcée il y a longtemps. Peut-être que deux familles ne se fréquentent plus à cause d’un héritage, d’une vieille dispute ou d’un malentendu dont plus personne ne se souvient vraiment.

Le Prophète ﷺ a expliqué que celui qui entretient véritablement les liens de parenté est celui qui les maintient même lorsque l’autre les rompt.

Cela ne signifie pas que nous devons accepter l’humiliation ou l’injustice. Mais nous pouvons faire notre part : téléphoner, saluer, envoyer un message ou effectuer une courte visite.

Peut-être que la conversation sera un peu maladroite. Peut-être que rien ne changera immédiatement. Pourtant, il suffit parfois de dire :

« Je regrette que nous nous soyons éloignés. Je ne veux pas que les années passent dans le silence. »

Une telle phrase peut avoir plus de valeur qu’une longue excursion.

Le repos n’est pas un signe de faiblesse

Certaines personnes se sentent coupables lorsqu’elles se reposent. Si elles dorment un peu plus longtemps, elles ont l’impression d’être paresseuses. Si elles passent une journée sans programme précis, elles pensent avoir perdu leur temps.

L’islam ne nous enseigne pas à nous épuiser.

Lorsque Salmân al-Fârisî vit qu’Abû ad-Dardâ’ multipliait les actes d’adoration surérogatoires au point de négliger son corps et sa famille, il lui dit :

« Ton Seigneur a un droit sur toi, ton corps a un droit sur toi et ta famille a un droit sur toi. Donne donc à chacun son droit. »

Lorsque cette parole fut rapportée au Prophète ﷺ, il répondit :

« Salmân a dit la vérité. »

Cet enseignement est particulièrement pertinent pendant les vacances.

Il n’y a aucun mal à dormir après un long voyage, à marcher en forêt, à jouer avec ses enfants ou à s’asseoir tranquillement dans le jardin. Si cela permet de retrouver des forces physiques et psychologiques, ce repos devient lui-même bénéfique.

Le problème apparaît lorsque les vacances deviennent synonyme de négligence : prières manquées, excès de nourriture, nuits passées sur le téléphone et journées qui nous laissent intérieurement vides.

L’équilibre consiste à se reposer sans se perdre dans le repos.

Lire sans se fixer des objectifs irréalistes

Avant les vacances, nous emportons parfois cinq livres : un ouvrage religieux, un livre professionnel, deux romans et un autre « au cas où ». Au retour, nous n’avons lu que quelques pages, tandis que les livres n’auront servi qu’à alourdir les bagages.

Il est préférable de choisir un ou deux livres et de se fixer un rythme simple.

Par exemple, lire une dizaine de pages après la prière de l’aube ou en prenant le café du matin. Cela ne demande souvent pas plus de vingt minutes. Ensuite, noter une phrase qui nous a marqué.

Si nous lisons un ouvrage sur la patience, demandons-nous durant la journée : « Dans quelle situation ai-je besoin de plus de patience aujourd’hui ? »

Si nous lisons la biographie d’un savant ou d’un homme pieux, parlons-en avec nos enfants pendant le trajet.

Si nous lisons le Coran avec sa traduction, choisissons un verset et réfléchissons à la manière de l’appliquer dans notre vie.

Allah a enseigné à Son Prophète ﷺ cette invocation :

« Seigneur, augmente-moi en savoir. »
(Coran, Tâ-Hâ, 114).

Le but n’est pas seulement d’augmenter le nombre de pages lues, mais que cette lecture transforme quelque chose dans notre compréhension ou notre comportement.

Le Prophète ﷺ a dit que les œuvres les plus aimées d’Allah sont celles qui sont accomplies avec constance, même si elles sont modestes.

Vingt minutes de lecture chaque jour valent donc mieux qu’un seul jour d’enthousiasme suivi d’un abandon complet.

Que les enfants découvrent leur pays, pas seulement les visites familiales

Les enfants qui grandissent à l’étranger entretiennent souvent un rapport différent avec le pays d’origine de leurs parents.

Les parents y voient leur enfance, leurs souvenirs, les personnes qu’ils aiment et les rues qu’ils connaissent. Les enfants, eux, voient parfois surtout la chaleur, les moustiques, une connexion Internet moins bonne et beaucoup d’adultes qui leur demandent : « Tu es le fils de qui ? »

Si les vacances ne sont qu’une succession de visites familiales, ils finiront par considérer le pays comme une obligation.

Montrons-leur plutôt l’histoire qui se cache derrière les lieux : l’école où leur père allait, la maison où leur mère a grandi, l’endroit où leur grand-père travaillait, la manière dont on vivait autrefois et ce que représentaient les Ramadans sans la technologie actuelle.

Demandons à leur grand-mère de raconter un souvenir de jeunesse. Les enfants pourront enregistrer son récit ou l’écrire.

Bien sûr, ils ont aussi besoin de moments adaptés à leur âge : baignade, jeux, excursions, glaces et temps libre.

Ils oublieront peut-être les cadeaux reçus, mais ils se souviendront longtemps d’avoir cueilli des fruits avec leur grand-père, écouté les histoires de leur grand-mère ou découvert l’ancienne maison familiale avec leurs parents.

Le téléphone peut voler nos vacances

Quelle image étrange de voir une famille enfin réunie après une année de séparation… chacun les yeux rivés sur son téléphone.

Le père consulte les actualités. La mère répond à ses messages. Les enfants regardent de courtes vidéos. Les grands-parents attendent simplement qu’une conversation commence.

Il n’y a aucun mal à prendre une photo ou à répondre à un message important. Le problème apparaît lorsque le téléphone nous vole les instants mêmes pour lesquels nous avons parcouru des centaines, voire des milliers de kilomètres.

Pourquoi ne pas instaurer une règle simple : aucun téléphone sur la table pendant les repas en famille, ou réserver une partie de la journée sans réseaux sociaux ?

Tous les repas n’ont pas besoin d’être publiés. Toutes les promenades n’ont pas besoin d’être filmées.

Certains souvenirs doivent d’abord être vécus avant d’être photographiés.

N’oublie pas ton conjoint

Lorsque nous retournons dans notre famille, nous retrouvons facilement nos anciens rôles : nous redevenons le fils, la fille, le frère ou la sœur de quelqu’un. Sans nous en rendre compte, nous pouvons alors négliger notre conjoint, surtout s’il découvre notre famille comme un invité.

Peut-être que ton épouse fait des efforts toute la journée pour être agréable avec des personnes qu’elle connaît à peine. Peut-être que ton mari conduit, porte les bagages, répare différentes choses et suit un programme qu’il n’a pas lui-même choisi.

Prenons le temps de lui demander :

  • « Comment te sens-tu ? »
  • « Est-ce que tout cela devient trop pour toi ? »
  • « Avons-nous besoin d’une journée uniquement pour nous et les enfants ? »

Des vacances réussies ne sont pas celles où nous avons satisfait toute la famille au prix de l’épuisement de la personne avec laquelle nous partageons notre vie toute l’année.

Chaque instant n’a pas besoin d’être « utile »

Parfois, le moment le plus bénéfique des vacances est simplement… le silence.

S’asseoir après la prière de l’aube lorsque la maison dort encore. Marcher sans écouteurs. Regarder les enfants jouer. Parler avec un parent sans sujet particulier.

L’être humain a besoin de moments où il ne produit rien, ne répare rien et n’a rien à prouver.

Dans ce calme, il peut se poser quelques questions :

  • Suis-je devenu trop tendu au cours de cette année ?
  • À qui dois-je présenter des excuses ?
  • Qu’est-ce qui prend le plus de mon temps tout en m’apportant le moins de bénéfice ?
  • Quelle est la qualité de ma relation avec la prière, ma famille et ma santé ?
  • Que voudrais-je changer à mon retour ?

Inutile d’établir une liste de vingt résolutions. Une seule habitude suffit : lire chaque jour, appeler plus régulièrement ses parents, réduire le temps passé sur le téléphone ou consacrer davantage de temps à sa famille.

Un exemple de journée équilibrée

Une journée simple pourrait ressembler à ceci :

  • Se lever pour la prière du Fajr et lire quelques pages du Coran ou d’un livre.
  • Prendre le petit-déjeuner tranquillement avec ses parents.
  • Les aider dans une tâche ou accomplir une démarche nécessaire.
  • Passer l’après-midi avec les enfants : baignade, promenade ou excursion.
  • Rendre visite à des proches en fin de journée, sans vouloir visiter plusieurs familles en une seule fois.
  • Garder un moment dans la soirée pour son conjoint, une conversation paisible ou simplement du repos.

Tous les jours n’ont pas besoin de se ressembler. Certains seront plus chargés, d’autres beaucoup plus calmes. C’est précisément cela, l’équilibre.

Au moment du retour

Avant de repartir, il est utile de ne pas seulement se demander :

« Avons-nous réussi à tout faire ? »

Mais plutôt :

  • Ai-je fait plaisir à mes parents ?
  • Ai-je été réellement présent auprès de ma famille ?
  • Ai-je réparé, ou au moins essayé de réparer, une relation ?
  • Ai-je accordé à mon corps le repos dont il avait besoin ?
  • Ai-je appris quelque chose d’utile ?
  • Suis-je plus reconnaissant envers Allah pour les personnes et les bienfaits qu’Il m’a accordés ?

Des vacances réussies ne sont pas celles qui laissent le plus de photos, de dépenses ou d’anecdotes.

Ce sont celles dont on revient plus reposé, le cœur plus doux, les liens familiaux renforcés et avec une conscience renouvelée que le temps, la santé et les êtres chers sont des bienfaits qui ne nous accompagneront pas éternellement.

(Khoutba centrale du Chef de culte Hafiz Hilmija Redžić du 17 juillet 2026 au Centre Islamique Medina à Wiltz)