Khoutba centrale : « La valeur du respect »

Le respect est l’une des grandes valeurs de l’islam et un signe de pureté du cœur, de bonne éducation et de foi sincère. Il ne se manifeste pas seulement par des paroles, mais aussi par la manière de traiter les autres, par la considération de leur dignité, par la préservation de leurs droits et par une parole bienveillante. Allah le Très-Haut dit : « Parlez aux gens avec bonté. » Le Prophète, paix et salut sur lui, était l’exemple le plus élevé du respect envers tous. À son sujet, on a dit : « Son caractère était le Coran », et Allah dit aussi : « Tu es certes d’une moralité immense. » Il n’est pas étonnant qu’en voyant passer un cortège funèbre, il se soit levé par respect, et lorsqu’on lui dit qu’il s’agissait d’un juif, il répondit : « N’est-ce pas une âme humaine ? » Il montra ainsi que le respect est un droit de l’être humain en tant qu’être humain, et pas seulement de celui qui nous est proche ou semblable.

En islam, le respect englobe les parents, les savants, les aînés, les voisins et l’ensemble des gens. Il se voit dans les paroles, le regard, la manière de s’asseoir, d’écouter, de s’adresser aux autres et dans le fait de délaisser ce qui blesse ou humilie autrui. C’est pourquoi le Prophète, paix et salut sur lui, a dit : « Fait partie de la beauté de l’islam d’une personne le fait de délaisser ce qui ne la regarde pas. » La beauté de l’islam ne réside pas seulement dans l’abondance des actes d’adoration, mais aussi dans la capacité à connaître ses limites, à préserver l’honneur des autres et à ne pas se mêler de ce qui ne nous concerne pas. Le respect n’est donc pas une vertu secondaire, mais un fondement d’une société saine et un signe de maturité spirituelle et humaine.

Les premières générations musulmanes ont laissé de magnifiques exemples de respect, en particulier envers les maîtres, les savants et les gens vertueux. L’imam Abou Hanifa, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Je n’ai jamais étendu mes jambes en direction de la maison de mon maître Hammad par respect pour lui, alors même qu’il y avait sept rues entre sa maison et la mienne. Et je n’ai accompli aucune prière depuis la mort de Hammad sans demander pardon pour lui en même temps que pour mes parents. Et je demande pardon pour quiconque m’a appris quelque chose ou de qui j’ai appris une science. » Voilà un respect qui n’était pas formel, mais profondément enraciné dans le cœur. Il ne se manifestait pas seulement en présence du maître, mais aussi dans l’invocation pour lui, dans la gratitude et dans la reconnaissance de sa valeur après sa mort.

Dans le même esprit, il est rapporté, d’après Asim, qu’al-Kisaï a dit : « J’ai dirigé la prière pour Haroun ar-Rachid et je me suis trompé dans un verset, d’une faute qu’un enfant lui-même n’aurait pas faite. Par Allah, ar-Rachid n’osa pas me dire : “Tu t’es trompé”, mais il dit seulement : “Quelle est donc cette langue ?” Je répondis : “Ô commandeur des croyants, même un bon cheval peut trébucher.” Il répondit : “Oui, cela est vrai.” » On voit ici que même lorsqu’une erreur devait être corrigée, la dignité du savant était préservée. Toute vérité n’a pas à être dite avec dureté, et toute erreur ne doit pas devenir un motif d’humiliation. Le respect se voit aussi dans la manière de corriger, dans la douceur et dans la sauvegarde de l’honneur d’autrui.

Abou Zur‘a ar-Razi a dit : « J’étais auprès d’Ahmad ibn Hanbal. On mentionna alors Ibrahim ibn Touhman. Ahmad était appuyé à cause de sa maladie, puis il se redressa et dit : “Il ne convient pas que l’on mentionne les pieux alors que l’on reste adossé.” » Cette scène suffit à montrer à quel point les premières générations respectaient même la mention des hommes vertueux. L’imam Ahmad, bien qu’étant malade, ne jugea pas convenable de rester appuyé quand fut mentionné l’un des pieux prédécesseurs. C’était l’éducation du cœur avant celle de la langue.

Combien nous avons besoin aujourd’hui de retrouver cette compréhension du respect. À une époque de paroles rapides, de commentaires durs et de légèreté dans la manière de traiter la science et les gens, revenir à cette valeur n’est pas seulement une question de bonnes manières, mais aussi une question de préservation de la religion, de la société et des relations humaines. Le respect est une lumière dans la famille, une parure dans la parole, une protection dans la société et une preuve que l’être humain comprend l’importance du dépôt qu’il porte en tant que croyant et en tant qu’être humain.

(Khoutba centrale du Chef de culte Hafiz Hilmija Redžić du 17 avril 2026 à l’Association Islamique et Culturelle Al Rahma à Differdange)