Khoutba centrale : « L’être humain est véritablement faible, et c’est le sens de sa vie qui le rend fort » (vidéo)

L’être humain est faible. Faible face à la douleur, à l’injustice, à l’indifférence, à la perte, aux pressions et à la peur. Parfois, ce ne sont ni la faim, ni la fatigue, ni la pauvreté qui le brisent, mais le sentiment de ne pas être vu, de ne pas compter et que sa présence n’ait d’importance pour personne. C’est pourquoi ce n’est pas seulement la force du corps qui permet à l’homme de tenir debout, pas plus que la simple liberté extérieure ne le sauve. Ce qui le porte, le rassemble et le relève, c’est le sens pour lequel il vit.

Lorsque l’être humain perd le sentiment du sens de son existence, son « moi » commence à s’affaiblir. Il recherche alors l’attention, la reconnaissance, la présence des autres et une preuve qu’il existe. C’est pourquoi l’image de ce petit garçon qui joue avec les meubles et met la maison en désordre simplement pour attirer l’attention est si bouleversante. Son objectif n’est pas de détruire en soi ; ce qui le fait souffrir, c’est d’être négligé. Il veut que quelqu’un s’occupe de lui, fût-ce à travers une réprimande, car le « moi » gémit lorsqu’il est écrasé par l’abandon. C’est ainsi que cette scène se répète dans de nombreuses familles comme une forme de protestation silencieuse que beaucoup refusent d’entendre. (Sur les chemins de l’égoïsme, Salmân al-’Awda, p. 161).

Plus bouleversante encore est l’histoire de ce père qui, en rentrant chez lui, se mit en colère à cause des bêtises de son enfant turbulent et le punit en lui attachant les mains. La mère en souffrait, mais ne pouvait rien dire. Après quelques heures, les pleurs de l’enfant cessèrent. La mère remarqua alors que ses mains étaient devenues bleues à cause des liens. L’examen médical confirma que le sang s’était infecté et que les deux mains devaient être amputées. Puis vient cette phrase qui transperce le cœur et révèle toute la profondeur du besoin humain d’être vu, accepté et protégé :

« Papa, rends-moi mes mains. Je ne casserai plus les meubles ! »

(Sur les chemins de l’égoïsme, Salmân al-’Awda, p. 161).

Cette phrase n’est pas seulement le cri d’un enfant victime d’une terrible injustice. Elle est aussi le cri de l’âme humaine lorsqu’on lui enlève ce qu’elle possède de plus fondamental : la sécurité, l’acceptation et la dignité. L’enfant ne demandait ni un jouet, ni une récompense, ni une nouvelle occasion d’être félicité. Il demandait simplement qu’on lui rende ses mains. Il demandait à retrouver sa condition humaine. Il réclamait ce sans quoi il ne pouvait plus vivre normalement. Dans cette seule phrase se résume une vérité profonde : l’être humain peut supporter beaucoup de choses, mais lorsqu’on atteint son humanité même, il s’effondre intérieurement.

C’est pourquoi la privation de liberté, l’humiliation de la dignité et les rabaissements constants ne détruisent pas seulement la paix extérieure de l’homme ; ils détruisent également son sentiment d’exister. L’homme devient un numéro, perd son identité, tandis que son « moi » reçoit sans cesse le message qu’il ne vaut rien. Dans une telle situation, le plus grand danger n’est pas uniquement la souffrance qu’il endure, mais le fait qu’il commence à douter de sa propre valeur. (Sur les chemins de l’égoïsme, Salmân al-’Awda, p. 161).

Mais c’est précisément ici qu’apparaît une autre vérité : même lorsqu’il est faible, l’être humain peut tenir s’il possède un sens à sa vie. La véritable force ne consiste pas à être épargné par les épreuves, mais à avoir une raison de les supporter. Certains vivent pour les enfants qu’ils souhaitent éduquer jusqu’au bout. D’autres vivent pour un ami qui a besoin d’aide. D’autres encore pour une mission à accomplir, une idée à défendre, un dépôt de confiance (amânah), une responsabilité à assumer ou un bien qu’ils souhaitent laisser derrière eux. Tant que l’homme ressent qu’il est utile, que sa présence a une place et que sa vie n’est pas vaine, il possède une raison de ne pas sombrer. (Sur les chemins de l’égoïsme, Salmân al-’Awda, p. 162).

C’est pourquoi une vie vide devient un fardeau. Une existence sans objectifs, même modestes, devient une immense prison. L’homme n’est peut-être pas enfermé physiquement, mais il l’est intérieurement. Il marche, travaille, parle, rencontre des gens, sans savoir pourquoi il se lève, pourquoi il s’efforce ou pour quelle raison il porte ce qu’il porte. Dès lors, le plus petit poids devient immense, car plus rien ne le soutient de l’intérieur. (Sur les chemins de l’égoïsme, Salmân al-’Awda, p. 162).

Le besoin le plus profond de l’homme brisé n’est pas toujours exprimé par des mots, mais le fond de son être murmure :

« Je veux être certain d’exister. »
« Je ne suis pas sans valeur. »

(Sur les chemins de l’égoïsme, Salmân al-’Awda, p. 162).

Voilà le cœur même du combat humain. L’homme ne recherche pas uniquement le pain, la sécurité ou la protection. Il cherche aussi la confirmation que son existence a du poids, que sa vie n’est pas un surplus et que son « moi » n’est pas insignifiant. Lorsqu’il perd cette certitude, il commence à s’effondrer. Lorsqu’il la retrouve, il commence à se redresser.

On peut donc affirmer que l’être humain est effectivement faible, mais que ce n’est pas l’absence d’épreuves qui le rend fort ; c’est la présence d’un sens. La force ne réside pas dans la dureté ni dans le fait de prétendre que rien ne nous atteint. La véritable force consiste à savoir pourquoi l’on endure, pour quelle raison on se lève chaque matin, à qui l’on est utile et quelle est la valeur de son existence. Le sens ne supprime pas toujours la douleur, mais il lui donne une direction. Il n’efface pas l’épreuve, mais il donne à l’homme une raison de la porter. Il ne change pas toujours les circonstances extérieures, mais il transforme la manière dont l’homme les affronte intérieurement.

C’est pourquoi il est vrai que l’être humain n’est pas fort par lui-même. Ce qui le rend fort, c’est le but, la responsabilité et la raison d’être qu’il porte en lui. Lorsqu’il possède cela, il peut supporter ce qui briserait d’autres. Lorsqu’il le perd, même l’abondance ne peut empêcher sa défaite intérieure.

L’être humain est, en vérité, faible. Mais c’est le sens de sa vie qui le rend fort. Voilà pourquoi l’une des plus grandes responsabilités de chacun est de ne jamais perdre ce sens. Car lorsqu’il le perd, il commence peu à peu à se perdre lui-même.