Khoutba centrale : « Le bienfait de la parole »

L’un des plus grands bienfaits qu’Allah nous a accordés est la capacité de parler. Par nos paroles, nous exprimons ce que nous portons dans nos cœurs, nous transmettons le savoir, nous réconfortons les autres, nous demandons pardon et nous invoquons Allah. Allah nous rappelle que c’est Lui qui a créé l’être humain et lui a enseigné la parole :

« Le Tout Miséricordieux. Il a enseigné le Coran. Il a créé l’homme. Il lui a appris à s’exprimer. »
(Coran, Ar-Rahmân, 1-4)

L’ordre de ces versets est particulièrement remarquable. Allah mentionne d’abord l’enseignement du Coran, puis la création de l’homme et enfin le don de la parole. C’est comme s’Il nous enseignait que les plus belles et les plus précieuses paroles que nous puissions apprendre, réciter et conserver dans nos cœurs sont les paroles d’Allah.

Ibn al-Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « La félicité des habitants du Paradis réside en deux choses : contempler Allah et entendre Son discours et Sa parole. » (Ibn al-Qayyim, Miftâḥ Dâr as-Sa‘âda) C’est pourquoi nous demandons à Allah de nous accorder le Paradis et ses délices, la joie de contempler Son Noble Visage, d’entendre Sa parole et de demeurer auprès de Lui.

La part quotidienne du Coran que le croyant récite est appelée wird. En arabe, ce mot est lié à l’idée d’arriver à un point d’eau. Allah emploie la même racine lorsqu’Il dit au sujet de Moussa (Moïse), paix sur lui :

« Lorsqu’il arriva au point d’eau de Madyan… »
(Coran, Al-Qaṣaṣ, 23)

De même que l’eau donne la vie au corps, le Coran donne la vie au cœur. La récitation quotidienne du Coran est semblable à une eau pure et fraîche qui abreuve le cœur.

Il n’est pas nécessaire que cette lecture soit abondante. Une seule page, quelques versets ou dix minutes de lecture paisible chaque matin suffisent. L’essentiel est que le cœur revienne régulièrement aux paroles d’Allah. Lorsque le croyant ouvre chaque jour le Coran, il ne nourrit pas seulement son intelligence ; il apaise son cœur, rectifie ses pensées et se rappelle ce qui est véritablement important dans la vie.

Après avoir rempli nos cœurs de la parole d’Allah, nous devons veiller aux paroles que nous prononçons. Chaque mot a son importance. Une parole peut guérir un cœur, mais elle peut aussi le briser. Elle peut réparer une relation ou la détruire. Elle peut rapprocher les gens ou les éloigner les uns des autres. Il est donc sage de se demander, avant de parler, si ce que nous voulons dire est vrai, nécessaire et exprimé avec douceur et bienveillance. C’est une sagesse précieuse, même si elle ne constitue pas un hadith.

Le Prophète Mouḥammad, ﷺ, a établi un lien clair entre la foi, le cœur et la langue. Il a dit :

« La foi d’un serviteur ne sera pas droite tant que son cœur ne sera pas droit, et son cœur ne sera pas droit tant que sa langue ne sera pas droite. Et n’entrera pas au Paradis celui dont le voisin n’est pas à l’abri du mal qu’il lui fait. »
(Musnad Aḥmad ; hadith jugé bon (ḥasan) par le cheikh al-Albânî dans Ṣaḥîḥ at-Targhîb, n° 2554.)

Ce hadith nous enseigne que l’état du cœur se manifeste à travers les paroles et les comportements. Une personne ne peut prétendre avoir un cœur pur tout en mentant, insultant, calomniant, rabaissant les autres ou en leur faisant du mal par ses paroles. Un cœur sain doit produire de belles paroles, des conseils empreints de douceur, de la sincérité et de la bienveillance envers autrui.

Parfois, une simple parole bienveillante suffit à apaiser une situation difficile. Une excuse sincère peut guérir une blessure qui dure depuis des années. Un mot d’encouragement peut redonner à quelqu’un la force et l’espérance. À l’inverse, une parole prononcée sans réflexion peut laisser une trace qui ne s’efface pas facilement. C’est pourquoi le croyant ne dit pas tout ce qui lui vient à l’esprit. Il marque une pause, réfléchit et se demande si ses paroles apporteront un bien ou un tort.

Cependant, nous sommes des êtres humains et nous commettons des fautes. Il nous arrive de blesser les autres par nos paroles, de laisser notre langue nous entraîner vers le péché, puis de regretter sincèrement ce que nous avons dit ou fait. Dans ces moments-là, nous ne devons jamais perdre espoir en la miséricorde d’Allah.

Dans un magnifique hadith qudsî, Allah, le Très-Haut, dit :

« Ô fils d’Adam ! Tant que tu M’invoques et que tu espères en Moi, Je te pardonnerai ce que tu as commis, sans M’en soucier. Ô fils d’Adam ! Si tes péchés atteignaient les nuages du ciel, puis que tu Me demandes pardon, Je te pardonnerais, sans M’en soucier. Ô fils d’Adam ! Si tu venais à Moi avec des péchés remplissant presque toute la terre, puis que tu Me rencontres sans rien M’associer, Je viendrais à toi avec un pardon d’une ampleur presque équivalente. »
(Jâmi‘ at-Tirmidhî, n° 3540, d’après Anas ibn Mâlik, qu’Allah l’agrée.)

Ce hadith nous enseigne que la miséricorde d’Allah n’est ni limitée ni restreinte. L’être humain peut commettre de nombreuses fautes, mais tant qu’il invoque sincèrement son Seigneur, espère en Son pardon et revient vers Lui avec un repentir sincère, les portes de la miséricorde demeurent ouvertes. Même lorsque les péchés paraissent immenses, le pardon d’Allah est encore plus immense.

Ce hadith nous rappelle également que nos paroles peuvent être le point de départ de notre retour vers Allah. Un simple et sincère Astaghfiroullâh peut marquer le début d’un repentir. Des excuses sincères peuvent être le commencement d’une réconciliation. Une invocation provenant du plus profond du cœur peut ouvrir la voie à une vie nouvelle. L’essentiel est que les paroles ne restent pas de simples mots, mais qu’elles soient accompagnées d’une intention sincère et d’un véritable changement de comportement.

Abreuvons donc nos cœurs des paroles d’Allah, préservons nos langues des paroles nuisibles et ne cessons jamais de demander Son pardon. Demandons à Allah de faire du Coran le printemps de nos cœurs et la lumière de nos poitrines, de purifier nos cœurs et nos langues, de nous pardonner nos péchés, de nous aider à dire la vérité avec douceur et sagesse, et de faire en sorte que nos paroles soient agréées par Lui.

Âmîn.

(Khoutba centrale du Chef de culte musulman Hafiz Hilmija Redžić du 24 juillet 2026 au Culturel Culturel Islamique de Luxembourg à Mamer)