Khoutba centrale : « La grandeur du croyant se reflète dans son comportement »
La foi ne se manifeste pas uniquement dans la prière, le jeûne et la récitation du Coran. Sa force apparaît également dans la manière dont une personne parle, écoute, pardonne, pense aux autres et agit envers sa famille. Les premières générations de musulmans ont compris que le bon comportement (al-akhlâq) n’est pas une partie secondaire de la religion, mais l’un de ses fruits les plus importants.
Une personne peut beaucoup parler de religion tout en blessant les gens avec sa langue. Elle peut accomplir de nombreuses œuvres d’adoration surérogatoires tout en négligeant ses parents, son époux ou son épouse et ses proches. Elle peut appeler les autres au bien tout en étant connue pour ses soupçons, ses disputes et sa recherche des défauts d’autrui.
Allah, le Très-Haut, dit :
« Ô vous qui avez cru, évitez de trop conjecturer sur autrui, car certaines conjectures sont un péché. Et ne vous espionnez pas les uns les autres, et ne médisez pas les uns des autres ! »
(Le Coran, Al-Hujurât, 12)
Les premières générations accordaient une grande importance à la manière dont elles interprétaient les actes des autres musulmans. Il est rapporté de Ja‘far ibn Muhammad, qu’Allah lui fasse miséricorde :
« Lorsque tu apprends au sujet de ton frère quelque chose qui ne te plaît pas, cherche-lui une à soixante-dix excuses. Si tu lui trouves une excuse, accepte-la ; et si tu n’en trouves pas, dis : “Peut-être a-t-il une excuse que je ne connais pas.” »
(Al-Bayhaqî, Shu‘ab al-îmân, 6/323)
Avoir une bonne opinion des gens ne signifie pas être naïf ni nier une injustice évidente. Cela signifie ne pas construire un jugement sur des suppositions et ne pas interpréter chaque parole ambiguë de la pire manière possible.
Combien de relations auraient été préservées si, avant de juger, nous nous étions arrêtés pour dire : peut-être que je n’ai pas bien compris ; peut-être qu’il ne savait pas ; peut-être traverse-t-il une épreuve difficile ; peut-être n’avait-il pas l’intention de faire ce que j’ai pensé.
Il est rapporté de l’imam Ahmad, qu’Allah lui fasse miséricorde, qu’après que l’on eut mentionné devant lui que neuf dixièmes du bien-être résidaient dans le fait de fermer les yeux sur les erreurs des autres, il dit :
« Le bien-être comporte dix parties, et toutes résident dans le fait de fermer les yeux sur les erreurs des autres. »
(Al-Bayhaqî, Shu‘ab al-îmân, n° 8028, 10/575)
La sagesse ne consiste pas à réagir à chaque parole, chaque regard ou chaque erreur involontaire. Celui qui remarque tout, commente tout et répond à tout aura du mal à préserver la paix dans sa famille et dans sa communauté. Parfois, passer outre une erreur d’autrui est une preuve de force plus grande qu’une réponse sévère.
Un homme vint auprès de Wahb ibn Munabbih, qu’Allah lui fasse miséricorde, et l’informa qu’une personne l’avait insulté. Wahb lui répondit :
« Satan n’a-t-il donc pas trouvé d’autre messager que toi ? »
(Abû Nu‘aym al-Asbahânî, Hilyat al-awliyâ’, 4/71 ; Ibn al-Jawzî, Sifat as-safwa, biographie de Wahb ibn Munabbih)
Il n’est pas nécessaire de transmettre chaque parole blessante. Rapporter les insultes n’apporte souvent aucun bénéfice ; cela sème plutôt l’hostilité et ouvre la porte aux disputes. Celui qui transmet tout ce qu’il entend peut penser qu’il ne fait qu’informer, alors qu’il devient en réalité un moyen par lequel Satan sépare les gens.
Les véritables savants ne recherchaient pas la victoire dans les débats, mais l’accès à la vérité. L’imam Ach-Châfi‘î, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit :
« Je n’ai jamais exposé la vérité et la preuve à quelqu’un qui les a acceptées sans que cela n’augmente sa valeur à mes yeux ; et jamais quelqu’un ne s’est opposé à moi avec arrogance après que la vérité lui soit devenue claire sans que sa valeur ne diminue à mes yeux. »
(Ibn al-Jawzî, Sifat as-safwa, dans la biographie de l’imam Ach-Châfi‘î, rapporté de Rabî‘ ibn Sulaymân)
Il est également rapporté de lui :
« Je n’ai jamais débattu avec quelqu’un sans souhaiter qu’il soit guidé, aidé, préservé et qu’Allah lui accorde Sa protection. »
(Abû Nu‘aym al-Asbahânî, Hilyat al-awliyâ’, dans la biographie de l’imam Ach-Châfi‘î)
Le but d’une discussion n’est pas d’humilier son interlocuteur. Lorsque le croyant parle de la vérité, il ne cherche pas à vaincre une personne, mais à faire triompher la vérité. Il ne se réjouit pas de l’erreur d’autrui et ne l’utilise pas pour montrer sa propre supériorité.
La différence entre le conseil sincère et la dispute apparaît souvent dans l’intention. Celui qui conseille veut le bien de l’autre, choisit de belles paroles et est prêt à reconnaître sa propre erreur. Celui qui dispute cherche à gagner, à exposer son interlocuteur et à montrer qu’il est plus intelligent.
Les premières générations ont beaucoup parlé également de la préservation de la langue. Il est rapporté de Wuhayb ibn al-Ward, qu’Allah lui fasse miséricorde :
« La sagesse se compose de dix parties : neuf résident dans le silence et la dixième dans l’éloignement des gens. »
(Ibn Abî ad-Dunyâ, As-Samt ; Abû Nu‘aym al-Asbahânî, Hilyat al-awliyâ’, biographie de Wuhayb ibn al-Ward)
Il a également dit :
« Le serviteur garde le silence, puis son intelligence se rassemble. »
(Ibn Abî ad-Dunyâ, As-Samt ; Abû Nu‘aym al-Asbahânî, Hilyat al-awliyâ’)
Le silence n’est pas toujours une sagesse, car la vérité doit être dite lorsqu’elle est nécessaire. Cependant, beaucoup de nos regrets viennent de paroles qui n’avaient pas besoin d’être prononcées. L’homme regrette rarement un silence utile, mais il regrette souvent une réponse précipitée, une médisance ou une parole blessante prononcée dans la colère.
Al-Hasan al-Basrî, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit :
« Lorsque tu vois une personne s’occuper des défauts des autres tout en délaissant ses propres défauts, sache qu’elle est égarée. »
(Ibn Abî ad-Dunyâ, As-Samt, p. 198)
Il est facile de parler des faiblesses des autres. Il est beaucoup plus difficile de s’asseoir avec soi-même et de reconnaître sa propre arrogance, sa jalousie, sa dureté, sa négligence et ses injustices. La personne raisonnable utilise son temps pour se réformer elle-même, et non pour dresser la liste des erreurs d’autrui.
Le beau comportement des premières générations apparaissait particulièrement dans leur relation avec leurs parents. Il est rapporté d’Ibn ‘Awn :
« Je n’ai jamais vu Muhammad ibn Sîrîn parler à sa mère sans être devant elle humble et soumis. »
(Abû Nu‘aym al-Asbahânî, Hilyat al-awliyâ’, 2/274)
Adh-Dhahabî rapporte que devant sa mère, Ibn Sîrîn baissait tellement la voix qu’une personne qui ne le connaissait pas aurait pensé qu’il était malade.
(Adh-Dhahabî, Siyar a‘lâm an-nubalâ’, 4/620)
Ibn ‘Umar, qu’Allah soit satisfait de lui et de son père, vit un homme porter sa mère pendant le tawâf. L’homme lui demanda s’il s’était ainsi acquitté de son devoir envers elle. Ibn ‘Umar lui répondit :
« Non, tu ne t’es même pas acquitté d’un seul de ses soupirs lors de l’accouchement. »
(Al-Bukhârî, Al-Adab al-Mufrad, chapitre sur la bienfaisance envers les parents ; Al-Fâkihî, Akhbâr Makkah, n°642, 1/312)
Une personne peut montrer un beau comportement envers les étrangers tout en réservant sa dureté à sa famille. Pourtant, la véritable noblesse commence à la maison : dans la manière de parler avec son conjoint, dans la patience envers ses enfants et dans l’humilité envers ses parents.
Les premières générations accordaient également une grande importance au caractère licite des biens. Wuhayb ibn al-Ward, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit :
« Si tu priais autant que la hauteur de ce pilier, cela ne te serait d’aucune utilité tant que tu ne regardes pas ce qui entre dans ton ventre : est-ce licite ou illicite ? »
(Abû Nu‘aym al-Asbahânî, Hilyat al-awliyâ’, biographie de Wuhayb ibn al-Ward ; Ibn al-Jawzî, Sifat as-safwa)
La religion ne se limite pas à ce que l’homme accomplit dans la mosquée. La religion est aussi la manière dont il gagne son argent, vend, achète, rembourse ses dettes et gère les biens qui lui sont confiés. Il n’est pas possible de bâtir la piété sur un gain illicite, la tromperie et l’appropriation des droits d’autrui.
Abû Hâzim Salama ibn Dînâr, qu’Allah lui fasse miséricorde, a laissé l’une des règles les plus courtes et les plus complètes pour préparer l’Au-delà :
« Ce que tu souhaites trouver avec toi dans l’Au-delà, envoie-le dès aujourd’hui devant toi ; et ce que tu ne souhaites pas trouver avec toi dans l’Au-delà, délaisse-le dès aujourd’hui. »
(Ibn al-Jawzî, Sifat as-safwa, biographie d’Abû Hâzim Salama ibn Dînâr)
Si nous souhaitons que la prière, la bienfaisance, le pardon et un cœur pur nous accueillent dans l’Au-delà, nous devons les préparer dès aujourd’hui. Si nous ne voulons pas être accueillis par les droits des autres, les biens illicites, la médisance et les personnes que nous avons blessées, nous devons nous en libérer avant l’arrivée du jour où l’injustice ne pourra plus être réparée par l’argent.
La grandeur du croyant ne se mesure pas uniquement à la quantité de ses paroles et de ses connaissances. Elle apparaît dans sa sincérité, sa douceur, son silence lorsque le silence est bénéfique, sa parole lorsque la vérité est nécessaire, son respect envers ses parents, sa préservation de sa langue et sa capacité à accepter la vérité.
La plus belle trace du savoir est le bon comportement.
(Khoutba centrale du Chef de culte Hafiz Hilmija Redžić du 26 mai 2026 à l’Association Islamique de Luxembourg à Bonnevoie)